La Liberté c'est d'avoir le choix, mais choisir c'est se priver d'un morceau
de liberté...
Voilà, combien de temps, que je fais semblant de ne pas choisir ?
J'ai repensé à la découverte d'un carnet noir, quand nous avons trié les
affaires de François. Sur ce carnet quelques notes prises concernant le début
de notre relation. Les questions qu'il se posait alors. Et une phrase que
j'avais dite, qu'il a recopié comme pour ne jamais l'oublier. Je me souviens
très bien de cette conversation ou j'ai dit cela : "Je veux bien qu'on me
mette en cage, mais elle doit toujours restée ouverte, sinon tu peux être sure
que je ferais tout pour pouvoir en sortir et que je n'y reviendrais pas."
La psy m'a dit :" L'image de la cage et tout ce que vous me dîtes depuis que
je vous connais me fait penser ... C'est comme si il avait refermé la porte de
la cage en mourant"
J'ai pleuré
Tant d'échos en moi se sont mit à vibrer.
Car oui, je me sens prisonnière et je suis comme un oiseau en panique qui
bat des ailes en tout sens et qui se cogne et qui se blesse à force de se
débattre. Prisonnière d'une identité qui n'est pas la mienne et à laquelle je
ne peux échapper. Je suis veuve, verbe être, identité donc. Veuve, la prison du
chagrin, de ce chagrin si lourd. Aucune bataille ne peut ouvrir la porte de
cette cage là. Seul le temps le fera. Alors je guette, je suis aux aguets, oui,
cachée derrière mon angoisse, je guette le moindre signe d'ouverture pour
m'engouffrer et m'envoler à nouveau. A François je disais "m'enlover"...
Prisonnière oui, de cette maison qui est la notre, mon abri, mon refuge, ma
cage dorée, prisonnière de ce lieu donc, de cette ville. Car c'est là qu'il est
désormais, enterré et je ne peux m'éloigner. Prisonnière de mes choix donc. Car
j'ai choisi de venir ici. Peut être que s'il n'y avait pas eu la merveille et
la famille de la merveille, je serais rentrée au bercail, à Nice. Je serais
allée me réchauffer à son soleil, aux amis que j'y ai laissé, au souvenir
qu'ils ont encore de moi, de mon travail. Mais il y a la merveille et il y a sa
famille et ça c'est plus important. Alors j'ai choisi, avec François, cette
ville pas trop loin de Paris, pour y vivre sans lui, pour ne pas couper la
merveille de sa part Granger, pour ne pas séparer les deux filles de François,
pour ne pas abandonner l'autre fille qui n'est pas la mienne mais que j'aime
aussi.
Alors quand on me demande ce que je veux, moi, je ne sais pas répondre. Le
moi s'est perdu quand je suis devenue maman pour devenir un nous. Parfois, les
choix que je fais pour ce nous ressemble à une cage fermée, parfois non.
Prisonnière du temps aussi, qui est passé, de mon âge et de ses
conséquences. De l'énergie que je n'ai plus, il est temps que je pose mes
bagages pour de vrai parce que c'est déjà si dure aujourd'hui de tout
recommencer, rencontrer des gens nouveaux, refaire ses preuves
professionnellement, tout remettre à plat, alors dans dix ans ... ça ne tient
plus, la fuite, l'échappée, ça ne tient plus. L'oiseau doit se poser.
Doit ? Veux ? Choix ? Libre ? Prisonnière ? Pourvu que
la cage reste ouverte...
Ce que je veux donc ? Être libre d'être moi. François, mon grand amour,
de son vivant, a toujours veillé à laissé la cage ouverte, me laissant être moi
dans toutes mes complexités, dans tout mes paradoxes, aimant le tout, telle que
j'étais. Et j'ai appris avec lui a laissé l'autre être libre d'être lui. La
cage de ses bras était un refuge pour me reposer, pour reprendre ma dose de
confiance avant de m'envoler encore et de toujours y revenir. Un jour, il est
tombé malade, un jour j'ai cherché le repos ailleurs que dans ses bras qui
n'avaient plus la force de me protéger, je me suis envolée et ce jour là, il
est mort. Il a attendu que je sois dehors. Ce n'est pas pour sortir de la cage
que je me débat mais pour y rentrer. La porte de la cage s'est refermée alors
que j'étais dehors et plus jamais je ne pourrais y revenir.
Je me souviens d'un jour ou j'ai réalisé que depuis toujours, je cherchais à
gravir un mur, pensant que mon avenir, ma vie, ma liberté, se trouvait de
l'autre côté. Je m'y écorchais, le cœur et l'âme, jamais il ne bougeait. Un
jour, épuisée, je me suis retournée pour m'y appuyer et j'ai compris que je
tournais le dos à mon avenir. Ce mur était mon passé et il était mon appui.
Voilà, je ne suis pas dans la cage, je suis dehors, je tourne le dos à la
liberté parce que j'ai perdu mon refuge, mon si précieux refuge. Je ne suis pas
prête encore à l'abandonner ce refuge. Je sais qu'il m'est inaccessible
maintenant. Mais je volète encore autour. François est dedans et en rêve il me
dit "va t-en maintenant, va vivre ta vie, construit un nouveau nid et retrouve
le plaisir de l'envol" ... Je le voudrais, vraiment, mais je n'y parviens pas
encore ...