Fais pas ta maligne

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 14 juin 2013

Mes petits pas

Après les derniers jours fort difficiles, ça va mieux. Allez vous savez quoi, je vais même oser un "ça va bien". Un truc de dingue d'oser le dire, sans craindre le retour de bâton; c'est que je sais qu'il reviendra me battre, ce foutu bâton. Mais pour le moment, juste envie de profiter de cette respiration.

La merveille a vu la pédo-psy aujourd'hui, qui la trouve toujours aussi équilibrée, intelligente, vive, drôle, ce qui n'empêche pas le chagrin d'exister, mais qui signifie bien qu'il ne prend pas toute la place.

Mercredi nous avons passé une très belle journée toutes les deux. C'était tellement bon, de pouvoir en profiter, de retrouver ma bonne humeur, et de partager des moments simples avec elle.

Un petit pas, après un petit pas, même pas un jour après l'autre, ce n'est pas grave, un petit pas, c'est bien déjà. ça me rappelle un poème que j'avais écrit du temps ou j'étais à Nice, cela faisait à peine plus d'un mois que j'avais rencontré François. Des petits pas de géants que nous faisions l'un vers l'autre. Me voilà avec mes petits pas vers la vie qui continue. Oui, comme disent les psy "on ne refait pas sa vie, on la continue". J'essaie, quand le chagrin n'envahit pas trop tout, de penser à ça le plus possible, un petit pas après l'autre, tout doucement, mais tout à fait surement, j'avance sur le chemin du deuil.

mercredi 5 juin 2013

François mon amour

François, mon amour,

Le ciel est beau ce soir. Notre jardin est devenu vert. J'y ai travaillé dur. J'ai planté un lilas et de la glycine, comme dans mes rêves. Tu n'aurais jamais voulu, je sais et nous avions convenu que le jardin serait ton territoire tandis que la maison serait le mien pour ce qui est de l'installation bien sur. Mais tu es parti trop tôt, et nous savions bien, sans nous l'avouer, que de toute façon tu n'aurais pas eu assez de force pour le faire. Alors je m'y suis collée. Mes instants passés dans ce jardin à bêcher, à planter, je les ai passé avec toi en pensée, à panser. Il y a ton buis au fond du jardin, il y a tes rosiers. J'ai planté un chèvrefeuille aussi.
Hier la merveille a couru jusqu'à son portique en criant "oh maman regarde ! tout est vert maintenant ! super j'ai un vrai jardin !" Il faut te dire que jusqu'à il n'y a pas si longtemps, notre jardin était bleu. Couvert de bâches en guise de désherbant. Bon, ce n'est pas extraordinaire, mais j'ai fait de mon mieux, jusqu'à présent.

La maison est chaleureuse, les amis qui y passent ont souvent envie d'y rester. Et nous avons un chat. Oui, je sais, tu n'aimais pas l'idée de l'animal domestique ! Ce n'est pas ma faute, j'ai hérité de celui de ma mère, ne te fâche pas, tu sais bien, on s'était dit que ça n'en valait pas la peine, de se fâcher pour ça.

François, mon amour,

Si tu voyais notre merveille, avec son 1,25 m, toute longue. Si tu l'entendais lire... Tu serais si fière d'elle. Notre courageuse petite merveille, notre individu. Si sensible et si forte. Elle a bien hérité de toi, ta sale tête de mule ! Et ça te ferais rire, j'en suis sure ! Elle parle de toi souvent, tu lui manques...

François, mon amour,

Je suis mal-heureuse. J'ai besoin de te parler encore. J'ai besoin de me souvenir encore. J'ai besoin de toi... Je crois qu'un jour, tu redeviendras ma force. Je crois qu'un jour tu feras parti de moi, mon corps t'auras absorbé et alors il cessera de te chercher et de souffrir de ne pas te trouver. ça ira mieux, un jour ...

François, mon amour,

Tout a toujours été si vite entre nous. Tu disais que j'étais la cerise sur le gâteau de ta vie. Tu ne t'attendais tellement pas à tomber amoureux et encore moins d'être aimé à nouveau. Tout a été si vite. C'est frappant quand on y pense...

François, mon amour,

J'aimais ton mystère, j'aimais l'étranger en toi. J'aimais de ne pas te comprendre et de me laisser surprendre. Moi, dont tant de gens s'accordent à dire que je les comprends si bien qu'on dirait que je les devine. Toi, tu étais un mystère non élucidé. Comme c'était bon de te découvrir, de se laisser surprendre. Tu ne jouais pas le mystère, tu avais juste un monde intérieur si riche, et si peu la capacité de l'exprimer. J'ai mis des mots parfois sur ton identité, mais j'acceptais plus celui que tu étais que je ne le comprenais.

François, mon amour,

Je me faisais l'impression d'une tornade arrivée dans ta vie, dans vos vies. Avec mon exubérance, mes appétits insatiables, mon humour à deux balles. Tout ce bruit que je faisais, tout ce mouvement, que tu regardais étonné, attendri, amoureusement. Tu m'aimais si bien. Ce n'est pas tout d'aimer, il faut aimer bien.

François, mon amour

Nous formions un couple étrange peut être mais un magnifique duo.

François, mon amour,

Je t'aime...

mardi 4 juin 2013

Parlez moi de lui

Je me disais là, à l'instant, je me souvenais de tout ces textes écrits par ceux qui l'ont connu de loin ou de près pour lui rendre hommage quand il est mort l'an passé. Je me disais, là, à l'instant, que j'aimerais qu'on en parle encore. Que j'aimerais que vous me parliez de lui. Que vous me racontiez vos souvenirs. Ce que vous avez gardé de lui, des impressions, des anecdotes, des photos, je me disais là à l'instant que j'aimerais que l'on recommence, à penser à lui ensemble, même à distance. Que nos mots réunis, nous réunissent encore une fois autour de lui. Qu'il ne disparaisse pas ... dans l'oubli.

Une belle personne que j'ai eu au téléphone aujourd'hui, a su me parler de lui, des choses qu'il savait faire, de ce qu'il savait être et rester, même dans la maladie. ça m'a fait du bien. Ne pas être seule, là aussi, à me souvenir, à l'avoir aimé, à l'avoir connu.

Je vais pleuré bien sur, en vous lisant, mais ce n'est pas grave ..

Alors si vous vous en sentez la force, l'envie, alors si vous le faîte, posez cela ici, dans les commentaires de ce billet, ou sur votre propre blog si vous en avez un, sans oublier de venir faire un lien ici pour que nous puissions suivre la trace de ceux qui se souviennent.

Un an

Que vous dire, sinon que cela fait un an aujourd'hui ?
Que vous dire sinon que j'ai mal ?
Que vous dire sinon qu'il me manque ?
Que vous dire sinon que parfois le souvenir de notre amour me submerge ?
Que vous dire sinon ... Un rêve peut être

Je le retrouvai. Il était appuyé d'une épaule contre un coin de porte, comme il le faisait souvent. Entre deux pièces, ni dedans, ni dehors, présent et discret. Sa tasse de café à la main et sa clope au bec, présent mais pas trop près pour ne pas m'incommoder. Il était rasé. Je lui ai demandé tant de fois de se raser parce que sa barbe cachait ce creux qui traversait ses joues et j'aimais tant cette ride comme une immense fossette. En le voyant, j'ai été envahi par l'amour que j'éprouve pour lui. Je me suis précipitée vers lui comme une vague, cette impression de retrouvailles plus forte encore que toutes celle que nous avions connu. Puis dans les bras l'un de l'autre nous nous sommes envolés. Je savais que je le perdrais à nouveau et que je serais triste mais en cet instant, dans mon rêve, je me souvenais enfin de pourquoi j'avais si mal sans lui. Je me souvenais que je l'aimais... Tellement... Nous avons volé comme cela dans l'irréalité du temps des rêves. Puis je me suis retrouvée assise seule sur un banc. Triste comme prévu. Et alors je me suis réveillée...

Quelle est cette vie que j'ai vécu depuis un an ? Notre fille a appris à lire et à écrire. J'ai souffert beaucoup dans mon corps et ce n'est pas fini. Il y a eu des moments de répit dans le chagrin, il faut bien, sinon comment pourrait on survivre ? Bon sang, un an déjà ? Je savais bien que ce serait dur... Non, je n'en avais aucune idée. J'écris pour dire ça. C'est dur. J'écris pour crier, pour que jamais le silence ne vienne ensevelir le souvenir de cette douleur. Il faut la regarder en face. Il faut penser à tous ces gens qui comme moi on perdu un être aimé et accepter cette souffrance.

Je ne savais pas, je ne savais rien, je ne voulais pas savoir. Je lisais Veuve Tarquine et si son écriture me bouleversait, son contenu m'était étranger. On ne veut pas savoir. Et moi, même si c'est une illusion, je m'en fout, je veux que vous sachiez. Je veux que vous sentiez, je veux que vous partagiez, cette douleur, cette violence qui m'est faite. Je vous rend témoin. Je le sais. Cela me sauve, que vous me lisiez.

franc_ois_Cafe__clope.jpg

dimanche 2 juin 2013

J'en peux plus

Je fais tout bien comme il faut. Je vais voir une psy une fois par semaine, je participe à un groupe de parole pour personne ayant perdu leur conjoint, j'ai eu mon premier rendez vous avec une sophrologue, je vois une diététicienne. J'ai pas encore tenté l’acupuncture, ni l'homéopathie, mais quand même, je trouve que je fais tout bien comme il faut. Mais ça ne suffit pas.

Depuis vendredi j'ai de nouveau des douleurs intestinale qui ressemble fort à une récidive de diverticulite. A peine soulagée du problème de mes cervicales c'est le ventre qui reprend du service. Mon corps n'en finit pas de souffrir. Je voudrais que ça s'arrête. Je suis épuisée.

Évidemment, ça arrive, veille de week-end, donc pas de médecin disponible avant demain maintenant. J'ai commencé le traitement malgré tout, tout en me demandant si c'était la bonne chose à faire.

Je culpabilise parce que j'ai pas le courage de jouer avec la merveille. J'imagine comme ça doit être pénible pour elle d'avoir sa maman avec toujours des bobos.

J'en peux plus d'être seule.

J'en peux plus d'avoir mal.

J'en peux plus.

jeudi 23 mai 2013

La problématique de la perte

Alors voilà, c'est fait. J'ai fait des choix. J'ai fermé des portes.

Avant, je n'avais aucun problème avec le choix. J'étais une instinctive et j'avais un sentiment d'évidence qui ne me faisait pas douter. Je n'avais pas de déchirement à sacrifier un chemin puisque celui que je prenais était en quelque sorte le seul possible. Mais ça, c'était avant ;-)

Je me suis demandée ce qui m'arrivait, ou était passé cette évidence et quand l'avais je perdu ? Jusqu'à ce qu'une psy (ils aident bien des fois les psy quand même) me dise :"vous êtes dans une problématique de la perte. On se pose souvent la question de ce qu'on a à gagner à faire tel ou tel choix mais on oublie de se demander ce que l'on perd. " Et là encore une fois, illumination. Mais... Mais c'est bien sur ! Impossible de me résoudre à la perte. La mort de François, oui, c'est bien cela qui m'est arrivé. L'insoutenable douleur de la perte.

Et pendant que je me posais ces questions sur le choix, pendant que je me mettais en colère contre les cages, j'avais les cervicales complètement bloquées et je souffrais. Ce corps qui n'en fini pas de me parler et dont la parole me fait si peur parce qu'elle me fait si mal. Je suis donc allée voir ma kiné, deux fois. Ce matin, la deuxième fois donc, au bout de quelques minutes de massage, je me suis mise à pleurer. Mon corps est encore un sac de larmes. Lâcher, laisser couler, tant-pis pour le ou, le quand, laisser faire. Et je n'ai pas fini de pleurer. J'ai plus de larmes que de mots pour mes maux.

Mais en revenant à la maison je me suis dit, je vais faire des choix, je vais fermer ces portes, pour pouvoir me concentrer sur un chemin. Je n'ai pas d'énergie à perdre (encore la perte) dans ce flou. Alors j'ai écrit deux mails qui attendaient depuis longtemps. Deux mails qui actent des décisions que j'ai prise il y a longtemps mais que je ne pouvais jusqu'alors assumer.

Et je continue de pleurer, de pleurer, de pleurer. Tant pis si ça dure longtemps. Tant pis. C'est toujours moins douloureux de pleurer que de tenir. Aujourd'hui, j'espère même que je vais pleurer toute la journée; que je vais en lâcher un maximum. Que je vais laisser sortir ce flot, cette eau, ces cris, pour que mon corps se repose enfin ...

mercredi 22 mai 2013

Mise au point

Une mise au point, au cas ou, on ne sais jamais, peut être...

J'ai été très en colère hier, à la suite d'un commentaire plus maladroit que méchant. Ce que j'en apprend, c'est qu'il m'est indispensable que certaines limites soient respectées.

En écrivant ici, je ne tiens pas un journal intime, je tente de faire œuvre de témoignage. Mon but est de donner à voir, sentir et si possible comprendre, ce que le fait d'être veuve, provoque en moi. En tant que comédienne, metteur en scène et même auteur, l'intimité émotionnelle a toujours été au cœur de mon travail parce que j'ai la conviction que c'est justement cette intimité qui est universelle.

Alors j'écris, des choses qui me font et vous font pleurer. C'est le spectacle d'une vie, le témoignage d'une traversée.

Ici, est un lieu de partage. Si mon témoignage permet à d'autres de témoigner à leur tour, alors je sais que j'ai raison de faire ce travail. Si mon témoignage provoque des émotions qui donnent à se penser soi même, alors je sais que j'ai raison de faire ce travail et je suis heureuse quand tout cela se partage.

Faire œuvre de témoignage c'est penser ma vie, la mettre en mot, c'est un travail que je sais faire et que j'aime faire. Je n'ai pas besoin qu'on pense ma vie pour moi. Il est possible qu'ici vous lirez des choses qui vous choque, qui vous blesse, peut être même qui vous agresse, parce que la mort est un sujet qui peut provoquer tout cela. Je n'oblige personne à me lire, mais je n'autorise personne à me juger, même avec les meilleurs intentions du monde. L'enfer est pavé de bonnes intentions.

Écrire n'est pas facile. Écrire est une responsabilité. Je pèse chacun de mes mots, pour être au plus près de ce que j'éprouve. Je souhaiterais que les commentateurs fassent de même, au moins par respect pour le travail que je fais ici qui n'est pas simple. Qu'il travaille la forme et ne s'abrite pas derrière un "je suis malhabile", car si l'ont sait que l'on est malhabile, autant se taire plutôt que de prendre le risque d'être blessant. Car ce n'est pas comme si je témoignais du fait que "oh mon dieu je n'ai pas fait les courses, je n'ai plus de yaourt!". Je témoigne de ma fragilité dû aux évènements; je témoigne de la douleur d'être veuve. C'est un sujet qui demande de l'attention.

Cela va faire bientôt un an que François est mort. Quand cela fera, deux, cinq ou dix ans, ce sera toujours pareil. Les limites seront toujours les mêmes. Que tout ceux qui ont envie depuis un an de me dire "comment je dois faire pour aller mieux" et qui se retiennent par délicatesse, continue de se retenir. Quelque soit la façon que je choisi ou que je subisse aussi de vivre cela, accepter votre impuissance à n'y pouvoir rien. Les injonctions, les projections ne sont utiles qu'à ceux qui les font. Soyez, s'il vous plait, vigilent, à ne pas me vomir dessus vos réactions et prenez le temps de pesez vos mots comme je prend le temps de penser ma vie.

Je ne juge pas des intentions de la personne qui m'a laissé ce commentaire et surtout je ne cherche et ne veux aucune justification, cela la regarde. Cela a déclenché chez moi, le besoin de faire cette mise au point, c'est tout. J'exprime clairement le cadre et les limites de ce que l'on peut écrire ici. Et parce qu'ici est chez moi, je demande que cela soit respecté. Merci.

jeudi 16 mai 2013

Le choix et la liberté

La Liberté c'est d'avoir le choix, mais choisir c'est se priver d'un morceau de liberté...

Voilà, combien de temps, que je fais semblant de ne pas choisir ?

J'ai repensé à la découverte d'un carnet noir, quand nous avons trié les affaires de François. Sur ce carnet quelques notes prises concernant le début de notre relation. Les questions qu'il se posait alors. Et une phrase que j'avais dite, qu'il a recopié comme pour ne jamais l'oublier. Je me souviens très bien de cette conversation ou j'ai dit cela : "Je veux bien qu'on me mette en cage, mais elle doit toujours restée ouverte, sinon tu peux être sure que je ferais tout pour pouvoir en sortir et que je n'y reviendrais pas."

La psy m'a dit :" L'image de la cage et tout ce que vous me dîtes depuis que je vous connais me fait penser ... C'est comme si il avait refermé la porte de la cage en mourant"

J'ai pleuré

Tant d'échos en moi se sont mit à vibrer.

Car oui, je me sens prisonnière et je suis comme un oiseau en panique qui bat des ailes en tout sens et qui se cogne et qui se blesse à force de se débattre. Prisonnière d'une identité qui n'est pas la mienne et à laquelle je ne peux échapper. Je suis veuve, verbe être, identité donc. Veuve, la prison du chagrin, de ce chagrin si lourd. Aucune bataille ne peut ouvrir la porte de cette cage là. Seul le temps le fera. Alors je guette, je suis aux aguets, oui, cachée derrière mon angoisse, je guette le moindre signe d'ouverture pour m'engouffrer et m'envoler à nouveau. A François je disais "m'enlover"...

Prisonnière oui, de cette maison qui est la notre, mon abri, mon refuge, ma cage dorée, prisonnière de ce lieu donc, de cette ville. Car c'est là qu'il est désormais, enterré et je ne peux m'éloigner. Prisonnière de mes choix donc. Car j'ai choisi de venir ici. Peut être que s'il n'y avait pas eu la merveille et la famille de la merveille, je serais rentrée au bercail, à Nice. Je serais allée me réchauffer à son soleil, aux amis que j'y ai laissé, au souvenir qu'ils ont encore de moi, de mon travail. Mais il y a la merveille et il y a sa famille et ça c'est plus important. Alors j'ai choisi, avec François, cette ville pas trop loin de Paris, pour y vivre sans lui, pour ne pas couper la merveille de sa part Granger, pour ne pas séparer les deux filles de François, pour ne pas abandonner l'autre fille qui n'est pas la mienne mais que j'aime aussi.

Alors quand on me demande ce que je veux, moi, je ne sais pas répondre. Le moi s'est perdu quand je suis devenue maman pour devenir un nous. Parfois, les choix que je fais pour ce nous ressemble à une cage fermée, parfois non.

Prisonnière du temps aussi, qui est passé, de mon âge et de ses conséquences. De l'énergie que je n'ai plus, il est temps que je pose mes bagages pour de vrai parce que c'est déjà si dure aujourd'hui de tout recommencer, rencontrer des gens nouveaux, refaire ses preuves professionnellement, tout remettre à plat, alors dans dix ans ... ça ne tient plus, la fuite, l'échappée, ça ne tient plus. L'oiseau doit se poser. Doit ? Veux ? Choix ? Libre ? Prisonnière ? Pourvu que la cage reste ouverte...

Ce que je veux donc ? Être libre d'être moi. François, mon grand amour, de son vivant, a toujours veillé à laissé la cage ouverte, me laissant être moi dans toutes mes complexités, dans tout mes paradoxes, aimant le tout, telle que j'étais. Et j'ai appris avec lui a laissé l'autre être libre d'être lui. La cage de ses bras était un refuge pour me reposer, pour reprendre ma dose de confiance avant de m'envoler encore et de toujours y revenir. Un jour, il est tombé malade, un jour j'ai cherché le repos ailleurs que dans ses bras qui n'avaient plus la force de me protéger, je me suis envolée et ce jour là, il est mort. Il a attendu que je sois dehors. Ce n'est pas pour sortir de la cage que je me débat mais pour y rentrer. La porte de la cage s'est refermée alors que j'étais dehors et plus jamais je ne pourrais y revenir.

Je me souviens d'un jour ou j'ai réalisé que depuis toujours, je cherchais à gravir un mur, pensant que mon avenir, ma vie, ma liberté, se trouvait de l'autre côté. Je m'y écorchais, le cœur et l'âme, jamais il ne bougeait. Un jour, épuisée, je me suis retournée pour m'y appuyer et j'ai compris que je tournais le dos à mon avenir. Ce mur était mon passé et il était mon appui.

Voilà, je ne suis pas dans la cage, je suis dehors, je tourne le dos à la liberté parce que j'ai perdu mon refuge, mon si précieux refuge. Je ne suis pas prête encore à l'abandonner ce refuge. Je sais qu'il m'est inaccessible maintenant. Mais je volète encore autour. François est dedans et en rêve il me dit "va t-en maintenant, va vivre ta vie, construit un nouveau nid et retrouve le plaisir de l'envol" ... Je le voudrais, vraiment, mais je n'y parviens pas encore ...

dimanche 5 mai 2013

Onze mois

11 mois que je le sais
11 mois et un jour qu'il n'est plus
11 mois d'une vie sans lui
11 mois d'une vie qui continue
11 mois pour faire le nid
11 mois à se serrer l'une contre l'autre
11 mois à devenir duo
11 mois à pleurer
11 mois à souffrir
11 mois à se souvenir
11 mois à lutter
11 mois à retenir
11 mois à lâcher

Bientôt un an ... Déjà ... Que ce fût long ...

mardi 30 avril 2013

Hantée

Il ne se passe pas un jour, depuis mon dernier texte, sans que je ne pleure. Est ce que l'angoisse s'en trouve diminuée ? Un peu.

La merveille m'a demandé de regarder des vidéos de son papa, avant hier. J'ai dit oui, je ne lui dit jamais non en ce qui concerne son papa, même si moi je ne me sens pas prête. Je n'ai pas beaucoup d'images vidéo de lui, nous tournions la caméra vers notre merveille bébé, plus tard, on se lassa de tourner. Comme souvent cela arrive dans les familles.

Mais j'ai quelques images d'elle et lui, de lui, de nous et quelques images de moi tourner par lui. Ce sont sans doute ces dernières qui m'ont le plus émue. Je le regarde, je fais le pitre, il y a tant d'amour dans mon regard. Alors je me souviens combien nous nous aimions. Et je pleure. Pas sur le coup, pas devant la merveille. Je n'ai pas besoin de me forcer pour me retenir, ça ne me vient pas. Quand je suis avec elle, je suis dans son émotion à elle, si elle est heureuse de voir ces images, je le suis aussi, je suis la maman qui regarde sa fille. Mais quand je me retrouve seule, je redeviens l'amoureuse qui a perdu son grand amour.

Pendant les vacances, je me suis trouvée à raconter notre premier rendez-vous. L'ami qui m'écoutait m'a dit "C'est un moment parfait", j'ai dit "oui". Mais je me souviens bien qu'au moment ou je le vivais j'étais pleine de doutes, de peurs, de sentiments contradictoires. Plus tard, en lisant une amie, je me suis dit que j'avais envie d'écrire, je veux dire de repartir sur un projet d'écriture, une fiction. Je me suis dit qu'il me fallait une idée. De quoi donc aurait-je envie de parler ? Je me suis rendue compte que je n'avais que notre histoire en tête. Alors j'ai pensé qu'il était temps peut être que je m'y mette.

J'ai déjà écrit nos premières rencontres, pour la suite je me suis alors replongées dans mes archives de mails, je voulais retrouver son premier mail. Celui qu'il m'a écrit juste après m'avoir dit " je ne te parlerai pas de mes rêves". Je l'ai retrouvé et les autres aussi et mes réponses et je me suis perdue dans cette lecture, nos souvenirs. Que d'amour, tant d'amour...

Il ne se passe pas un jour sans que François ne me manque. Je n'y prête pas toujours attention, il faut bien vivre.

Peut être ai je été présomptueuse en lui disant que je ne le pleurerai pas trop longtemps, je ne savais pas ce qu'était ce "longtemps". Peut être que se serait bien qu'il vienne me mettre un coup de pompe comme il me l'avait promis pour m'aider à aller de l'avant. Je n'aime pas être malheureuse, je n'aime pas souffrir, je ne voulais pas être cette veuve éplorée, je ne le voulais tellement pas mais je n'ai pas le choix. Sur ce coup là, c'est pas moi qui décide, c'est le temps. La mémoire pour réconfort, car me souvenir de sa présence, de ses bras autour de moi, être capable de le sentir comme s'il était là, est à peu près le seul réconfort que je trouve, quand je vais me coucher et qu'il n'y a plus rien pour faire diversion. François disait " quand on est mort, c'est fini, il n'y a plus rien". Il se trompait. Je peux lui dire moi maintenant, je le sais, il reste les souvenirs. Ils sont là les esprits, les fantômes qui nous hantent, les anges qui veillent, dans nos souvenirs qui ne sont pas seulement des images, mais aussi des sensations de présence. Ils nous tourmentent et nous réconfortent tout à la fois.

Il ne se passe pas un jour sans que je ne pleure. Peut être que c'est bien ainsi...

vendredi 26 avril 2013

Symptômes

Mon angoisse a trouvé un nouveau mode d'expression : Les palpitations. Nouvelle étape du deuil ? Cœur brisé ? Cœur Affolé ? Cœur arythmique ? Mode d'expression qui s'ajoute aux précédents : diaphragme bloqué, dent serrées et même je crois bien qu'elles grincent maintenant.

Je ne sais pas quel impact le fait que j'ai commencé à prendre soin de mon corps, en commençant par une meilleure alimentation, à sur mes angoisses, si tant ait que ça en ait. Je suis un peu fatiguée de chercher des liens de cause à effet.

Réveillée cette nuit à 5 heures du matin, impossible de me rendormir. Fatigue, moral, physique, je me demande quand (pour ne pas me demander si) tout cela se calmera. Je voudrais juste me sentir bien. C'est trop long ce chagrin. Trop long ce manque de lui. Trop long et trop lourd.

J'ai l'impression que quand je ne pleure pas pendant plusieurs jours, le chagrin s'accumule jusqu'à m'étouffer et mon corps s’affole. C'est peut être ça la prescription médicale à me donner pour que mes symptômes physique disparaissent. Pleurer tout les jours ma dose de chagrin.

J'ai passé de très bonnes vacances, une parenthèse de fous rire, mon mal de ventre en a disparut. Pleurer ou rire chaque jour ... Voyons, voyons, ça s'organise comment cette affaire là. Je me donne rendez vous avec le rire ou avec les larmes ? Je passe commande ? Vous me mettrez 200 grammes de chaque aujourd'hui ? J'ironise parce que si il y a un domaine ou je me refuse à prendre le contrôle, c'est celui de mes émotions. Se serait peine perdu et beaucoup de chagrins mais surtout j'aurai l'impression de me renier. Je ne choisis pas consciemment de pleurer ou de ne pas pleurer, je vis, comme je peux. Je fais consciencieusement mes exercices respiratoires, parfois ça marche, parfois pas du tout. Cette nuit, pas du tout par exemple.

On a raison d'avoir peur de voir ceux qu'on aime mourir, parce que c'est effectivement une douleur d'une grande violence. L'inéluctabilité de la mort n'enlève rien au chagrin. Accepté ? Accepté, pas d'autres choix de toute façon. Mais surtout accepter de souffrir ce qui doit être souffert. Car se débattre, résister, ne sert à rien. Ce chagrin là est comme une toile qui se resserre chaque fois qu'on se débat pour s'en délivrer. Bon sang, accepter de souffrir ? Voilà une chose bien difficile. Le deuil est il une maladie incurable avec laquelle il faut apprendre à vivre ? On s'habitue à tout parait-il...

mardi 16 avril 2013

Respirer pour vivre

J'éprouve une sourde angoisse. Une angoisse en sourdine, comme au piano quand on ne veut pas déranger les voisins. Une sourde angoisse ? Peut être est elle sourde en effet. Sourde à ma raison, sourde à mes désirs, à mes appétits, sourde à la vie qui continue. Peut être est elle assourdie par la stupéfaction, l’incompréhension. François est mort. On dit ça et on croit avoir tout dit. Mais ça ne dit rien de moi. ça ne parle que de lui. Moi, je crois toujours que je n'aurai jamais assez de mots pour tout dire. Ou peut être que cette émotion étrangère qu'est le deuil, est trop en dehors de mon schéma de compréhension, quelque chose m'échappe toujours, pas tout, mais toujours quelque chose.

J'ai envie de me faire des vacances de cerveau. J'ai envie d'arrêter de réfléchir, de chercher, de comprendre. Je suis trop fatiguée de tout ça. Alors je ne m'occupe plus que de respirer. Je mets mes espoirs dans la capacité de mon corps à faire bien. La vie continue de toute façon. Il n'y a rien de plus que je puisse faire maintenant que de me concentrer sur le présent. Poser un acte après l'autre, laisser mon corps me guider. Après tout, la dernière fois que j'ai fait ça, la merveille a débarqué dans mon ventre. Alors peut être que ça vaut le coup de lui faire confiance. Je vais essayer de me consacrer d'avantage à le soigner. Manger mieux, bouger d'avantage, respirer, respirer, respirer. Desserrer les dents quand je sens ma mâchoire se crisper. Me concentrer sur la circulation de l'énergie à l'intérieur de mon corps, et tâcher d'aider mon ventre, cerveau émotionnel, à se détendre. ça commence par le présent, être dans le présent.

Je n'ai plus envie de répondre à la question "comment ça va ?" parce que je n'ai plus envie de me la poser. Je veux juste vivre, un instant après l'autre, essayant dans chacun de respirer, respirer pour vivre.

samedi 13 avril 2013

Comme un arbre

Il n'y a pas de peine qui vaille. Adolescente je pensais que toute cette souffrance, cette peine endurée pendant mon enfance, il fallait que ça vaille la peine. Il fallait que ma vie avenir soit belle, magnifique, extraordinaire. Je suis devenue comédienne pour ça sans doute, parce que le théâtre faisait de ma vie une vie extraordinaire, même sans la gloire. Une vie vivante à l'extrême. Comme une réparation à obtenir, une compensation pour cette vie d'enfant douloureuse.

Mais il n'y a pas de peine qui vaille la peine. Il n'y a pas de compensation. On répare ce qu'on peut mais on ne compense pas. Il n'y pas de vie de princesse pour compenser la vie de cendrillon. Il n'y a que la vie, juste la vie, injuste. Mais belle aussi, ça n'empêche pas. Cruelle, mais douce aussi, ça n'empêche pas. La vie, toute seule, comme seule but que d'être. Mais être quoi ? S'en fout la vie, du quoi, elle ne s'en occupe pas, c'est pas son problème. Et nous, être vivant, nous faisons de notre mieux pour y trouver autant de bonheur possible. Pas totalement impuissant, pas tout puissant non plus. Volontaire et humble, équilibriste sur le fil du chemin de vie, tentant de survivre à la mort, sachant que la faucheuse gagnera, mais ne sachant pas quand, la vie en nous pour autant ne renonce pas à la bataille, c'est la seule qui compte pour elle, le reste c'est du folklore pour nos esprits, nos âmes...

Je ne compenserai jamais la mort de François. La perte que cela représente pour moi, la douleur. Peut être parviendrai je à réparer un peu ce que cela a cassé, à m'adapter à cette blessure, à continuer a grandir autour, comme l'arbre grandit et forme un nœud, un endroit ou le bois se fait plus dur.

J'ai souvent dit que le vrai engagement entre deux personnes c'étaient de faire un enfant ensemble, plus que le mariage, parce qu'un enfant, séparation ou pas, c'est pour la vie qu'on s'engage ensemble. Aujourd'hui je peux même dire, et au delà de la vie. La merveille continue de me lier à François au delà de sa mort. Il est pour toujours son père, le père de ma fille. Son deuil à elle fait partie de ma vie, quelque soit le rythme du mien, mon deuil d'amoureuse, il y aura toujours en plus son deuil à elle de petite fille qui à perdu son père. Alors, non, décidément je ne peux pas rompre avec François, même si je le reconnais, un moment j'ai voulu y croire tant le poids de sa perte était lourd, j'ai voulu croire que je pouvais couper cette branche morte de mon arbre de vie. Illusion passagère, retour d'une forme de déni, accompagné de colère tout en commençant déjà la reconstruction. Ah oui, les fameuses étapes du deuil. La belle simplification qui nous est donné. Un, deux, trois nous irons mieux, quatre cinq six, ça prendra du temps. Mais ce n'est pas comme ça que ça se passe. Les chiffres se chevauchent, se cumulent, s'additionnent, aucune linéarité dans le deuil. Tout se fait en même temps, en avant, en arrière, sur place. Une explosion, une déflagration telle que l'histoire ne peut avoir d'ordre. Mais dans ce tumulte, on peut grandir quand même, comme un arbre...

samedi 6 avril 2013

Dis moi mon corps dix mois

Nous venons de passer les dix mois de la mort de François. Mon corps exprime sa douleur. Dis moi mon corps, dix mois, que faire pour trouver le soulagement ? Je voudrais avoir la force de me nourrir des belles choses qui m'entourent. Mais là, je souffre trop sans doute. Alors j'ai parfois envie de baisser les bras. De m'écrouler. De dormir. De ne plus éprouver ni ces nœuds, ni ses poings, ni ses poids, dans mon ventre, mon plexus, ma gorge. Dis mois mon corps, dix mois, quoi faire pour trouver le soulagement ?

Le vie continue de rouler, filer, écraser, broyer, noyer, inexorablement, la vie continue... Revenir à l'instant présent quand la force d'espérer disparait. D'espérer quoi ? Juste pourvoir respirer, juste que la douleur cesse.

lundi 1 avril 2013

Une immense peur

Dans la nuit de vendredi à samedi j'ai été prise de violentes crampes intestinales. Impossible de dormir. Le lendemain, samedi, we de Paques j'ai eu la chance de trouver un médecin à côté de chez moi qui recevait des patients. Diagnostique : Récidive de diverticulite. Si il y a des curieux vous ferez des recherches sur internet. C'est pas grave en soi, ça peut le devenir si on ne le soigne pas. Mais je me soigne. J'ai des antibiotique à prendre pendant 6 jours. L’inconvénient c'est que je suis allergique à la pénicilline, donc on me prescrit un antibiotique spécifique qui a des effets secondaire très désagréable du type gout de métal dans la bouche, sensation nauséeuse. Je dis récidive parce que j'ai fait une première crise il y a trois ans. A l'époque j'ai été hospitalisée en urgence (enfin j'ai poireauté une partie de la nuit aux urgences) avant qu'on me pose le diagnostique et qu'on me mette en intraveineuse de l'Augmentin (pénicilline donc). C'est là que j'ai découvert mon allergie, je n'en avais jamais fait avant. J'ai failli en crever et j'ai eu l'une des plus grande peur de ma vie.

Tout ça pour dire que cette récidive réveil de très mauvais souvenirs. Le fait d'être malade en étant seule avec la merveille ajoute à ma peur. Je psychote. Je commence mon troisième jours d'antibiotique, et si depuis que j'ai commencé je peux dormir, j'ai toujours la douleur présente côté gauche signe que l'infection et l’inflammation ne sont pas finie. Je m'imagine être obligée d'être hospitalisée, j'imagine l'inquiétude de la merveille, enfin bref, des tas de scénarios qui m'angoissent et comme on sait, le centre de l'angoisse c'est le ventre, alors ça n'arrange rien.

Depuis le cancer de François je suis devenue hypocondriaque. Une peur irrationnelle me prend et fabrique toute sorte d'histoires catastrophes. J'ai le moral plus bas que terre. J'ai beau savoir que ce n'est pas rationnel, je ne peux empêcher d'éprouver la peur. ça réveil trop de traumatismes. L'allergie, la maladie de François, et aussi la peur que j'ai eu quand je suis partie pour me reposer et que je n'arrivais pas à joindre François, que je n'arrêtais pas de me dire "arrête de psychoter, il doit dormir", alors qu'il était mort tout seul à la maison. ça, peut être plus que le reste, perturbe ma capacité à me raisonner parce que le pire est arrivé une fois.

J'ai peur, voilà. Un peur violente, une immense peur. Et je dois sans arrêt rassurer la merveille...

dimanche 24 mars 2013

Soigner mon corps de ta mort

J'ai rêvé de toi. Tu étais de l'autre côté d'une porte entrouverte. J'étais moi et j'étais notre merveille en même temps. Ton corps était de côté, ta tête tournée vers nous, comme surpris de nous voir là. ça m'a réveillée.

Je ne peux rien substituer à ma peine. Quelque soit mes artifices, mes esquives, mes fuites, elle est là, plus ou moins discrète. Tu es ma perte. C'est difficile de continuer sans toi. Pas impossible non, bien sur, mais difficile. Mon cerveau fait son chemin comme il faut, le raisonnable. Mon corps se traine. Je me sens toujours patraque avant de finir par pleurer, avant que mon cerveau ne cède devant l'évidence du traumatisme. Je ne sais pas quoi faire d'autre que pleurer pour soigner ce corps qui s'angoisse. Parfois, je n'ai pas la force de vivre alors je fais semblant. Je laisse couler les heures, filer le temps, glisser... Parfois non, je me sens à nouveau vivante, et quand cette sensation disparait encore, je me demande si elle n'était pas une illusion de mon théâtre. Un peu comme quand on cesse d'aimer on se demande toujours si on a vraiment aimé. Je me demande si j'étais vraiment vivante. Mais oui, sans doute, je l'étais et au fond qu'importe, si j'ai volé quelques heures à mes douleurs.

Accepter d'être triste, après tout, ce n'est pas la mort. C'est même bien de la vie. Toi, tu n'éprouves plus rien, ni chagrin, ni douleur, ni bonheur, ni amour. Plus rien. Tu es mort. Toi qui ne savait pas trop quoi faire de tes émotions, t'en voilà débarrassé. C'est comme si tu m'avais tout laissé, en héritage... Après tout, pourquoi pas, puisque j'ai des mots pour les dire, pour en faire quelques chose. Le chagrin ... Je pourrais m'y faire. Mais la douleur... Il faut que je trouve le moyen, la force et le courage de soigner mon corps de ta mort. Oui, c'est cela qu'il faut que je fasse maintenant...

vendredi 22 mars 2013

Trou noir

Je n'arrive plus à écrire. Je fais silence sur la douleur, le chagrin et les larmes. Je fais silence en moi aussi. Le plus possible, comme un répit que je m'offre. Et parfois au détour d'une conversation, au détour d'un coin de rue, l'émotion et la peur surgissent et me voilà à nouveau en larmes.

Ce matin la merveille a percuté une voiture. Tout va bien, elle n'a rien. La voiture sortait au pas d'une ruelle peu fréquentée par les voitures que nous avons l'habitude de prendre pour aller à l'école. Nous avons tendance à la considérer comme piétonne mais tel n'est pas le cas. A l'angle la voiture s'est avancé et la merveille, dans l'élan de sa course est rentée dedans. Elle n'est même pas tombée, ce n'est pas pire que si elle avait percuté une poubelle sur le trottoir. Sur le coup, j'ai pris ça très calmement. Je me suis assuré d'abord qu'elle n'avait rien, qu'elle n'avait mal nulle part. Elle ne pleurait pas, elle m'a dit "non j'ai rien, ça va". L'homme au volant à baisser sa vitre, il était pale comme un linge. C'est en le voyant que la merveille s'est mise à pleurer. Je crois qu'elle a réalisé le danger à ce moment là. Je lui ai dit: " c'est bien, tu as eu tellement peur que tu n'oublieras plus jamais de regarder avant de passer même une petite ruelle et en plus tu as de la chance, tu ne t'es pas fait mal. C'est une bonne expérience qui t'apprend quelque chose d'important et sans bobo, c'est tant mieux ma fille, c'est tant mieux." Je l'ai porté sur un bout de chemin, parce qu'elle pleurait encore et j'ai commencé à plaisanter pour dédramatiser, j'ai dit "tu as fais l'auto tamponneuse, je me demande si la voiture n'a pas eu plus mal que toi" elle a commencé à rigoler. Je l'ai posé au sol et puis après j'ai rejouer la scène de façon burlesque en me jetant contre un mur. Elle a éclater de rire. Nous avons fini le chemin, elle est entré dans l'école, je l'ai regardé s'éloigner jusqu'à ce qu'elle ne soit plus visible comme je fais tout les matins. Et là, j'ai eu peur. C'est monté d'un coup. C'est ça je crois qu'on appelle la peur rétrospective. ça me ressemble bien ça. Rester calme, presque indifférente, et après coup me prendre le choc. J'ai commencé à pleurer en rentrant à la maison et j'ai mis du temps à me calmer. J'ai eu tellement peur que j'ai eu l'impression que c'était moi qui avait percuté la voiture, je veux dire, mon corps avait la sensation du choc.

Hier soir, j'ai regardé une connerie à la télé, genre comédie romantique. C'était très mignon, un peu concon, mais drôle parfois. J'aime bien ça les comédies romantiques, ça me détend bien. Hier soir, quand j'ai éteint la télé, dans le silence de la maison, je me suis sentie si seule d'un coup. J'ai commencé à avoir des pensées négatives, idiotes. Des trucs du genre, "ça pourrait durer toujours, cette solitude". Je pourrais ne jamais rencontrer une autre personne avec qui j'aurai envie de vivre et qui aurait envie de vivre avec moi. Je pourrais... Je ne me pose pas tant la question de ma capacité à plaire (quoique quand je me vois avec les 20 kilos de trop, je trouve que c'est un handicape), mais plutôt, de la probabilité de vivre une nouvelle évidence... Parfois il me semble certain que ça arrivera un jour, parfois j'ai peur que ça n'arrive jamais et cela me plonge dans un gouffre de solitude. Je suis un animal social, une amoureuse. Mais j'ai connu l'évidence d'une relation ou quelque soit les peurs que l'amour engendre, je ne pouvais m'empêcher de vivre cet amour. Et François était si sur de nous ... Et j'aimais tant son mystère, son étrangeté et le désir qu'il avait de moi aussi.

Je n'ai pas connu la déception dans cette histoire, et d'une certaine façon cela me donne confiance : je peux me dire " je sais que ça existe, je l'ai déjà vécu". D'un autre côté quelles sont les probabilités de trouver sur ma route une nouvelle évidence et d'ailleurs n'est ce pas un piège que de s'y référer. L'évidence est-elle réellement le bon et l'unique repère viable pour naviguer en terre amoureuse ?

J'ai bien du temps pour penser de telle choses et me poser de telles questions. J'ai bien du temps pour me faire peur avec cette page noire qu'est mon avenir, noir oui, comme l'espace, comme le vrai vide. Parfois, j'ai cette sensation terrifiante que François en mourant n'a pas seulement effacé mon avenir, le laissant vierge, blanc, comme une page à écrire, mais qu'il en a vidé toute matière, toute lumière. Je me sens perdue dans l'espace et ou que je regarde c'est un trou noir. Ce que je nomme sensation morbide. Heureusement, il y a d'autres vivants autour de moi dont la voix éclaire au moins le présent. Là je peux vivre, oubliant le gouffre, le masquant de désir, de vie et d'espoir.

lundi 18 mars 2013

L'instant est un présent

Nous étions en voiture. Il conduisait. Je ne sais plus quand c'était exactement. Je me souviens que nous savions qu'il allait mourir. Mais c'était un temps ou il pouvait encore conduire. Je me souviens que je regardais les champs dans le soleil couchant, que j'avais envie de pleurer parce que j'avais peur. C'est alors que j'ai vu, au loin, dans un champs, une biche et son faon. Une apparition, un petit miracle de l'existence, un petit clin d’œil de vie en passant. J'ai souri. J'ai pensé "merci". J'ai mis ma main sur la sienne comme nous faisions souvent quand il conduisait, je lui ai souri. J'ai dit "je t'aime". Il a serré ma main en me lançant un de ses regards en coin.

Dans la peur et la douleur, parfois, l'instant est un présent...

Maintenant, par ma fenêtre, je regarde le cerisier en fleurs tout en écrivant ces quelques mots. Un couple de pigeon semble y avoir fait son nid. C'est la vie. Dans quelques minutes, je vais aller chercher la merveille à l'école et je vais l'aimer à en éclater... De rire ...

mercredi 13 mars 2013

Parenthèse

La maison pleine d'amis, de famille, la merveille qui rit, la merveille qui a du chagrin. Elle dit "je jouais et puis j'ai senti le chagrin qui voulait venir, je ne sais pas pourquoi et moi je voulais pas être triste, alors je suis allée dans ma chambre et j'ai lu et puis le chagrin il est resté alors je suis redescendu et j'ai pleuré et maintenant ça va, ". Je ne cherche pas pourquoi. Un jour elle saura.

A l'heure ou le soleil se couche, je regarde par la fenêtre les oiseaux dans les arbres du jardin voisin, abandonné. Il y a là mésanges, grives, merles. Les fleurs du cerisier rosissent sous la lumière du couchant. J'écoute Norah Jones, je pars en rêverie.

L'envie d'écrire sans avoir rien à dire, juste l'envie. Laisser glisser des mots sur un instant. Écrire une parenthèse qui s'ouvre et peut être ne pas la refermer...

jeudi 7 mars 2013

Accalmie

On ne peut pas, on ne peut pas
Allez plus vite que son requiem
Le deuil à son propre rythme
qui s'impose

Un jour viendra, un jour viendra
ou je pourrais valser la vie
à mille temps fougueux
comme je suis

Avoir confiance, Avoir confiance
Dans chaque pas de cette danse
sur chaque temps
un présent...

- page 1 de 13