Fais pas ta maligne

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samedi 9 août 2014

Petit prince et renard

Il disait que j'étais comme le renard du petit prince, qu'il devait m'apprivoiser. Je me suis laissée apprivoiser et comme le petit prince, il est parti. Bien sur je suis triste, je pleure; mais j'y gagne "à cause de la couleur du blé".

Je suis plus souvent un petit prince qu'un renard. J'apprivoise et je me sens responsable de ceux que j'aime. En vérité on est toujours un peu des deux dans une relation. En tout cas depuis que j'ai fait l'expérience d'être un renard, le petit prince en moi se fâche et gronde. Je me demandais pourquoi. Et puis j'ai pensé qu'il était parti parce qu'il n'avait pas pris suffisamment soin de lui. Il avait mené sa vie d'homme avec ses bastions et ses citadelles imprenables, libre oui, et libre de mourir aussi ; mais dans sa liberté, il m'a abandonné, moi, avec tout les petits renard de sa vie. Alors que je sois renard ou petit prince, je suis en colère un peu contre ceux qui ne prennent pas suffisamment soin d'eux. C'est une colère faite de peur de les perdre eux aussi. Même si je sais bien que chacun fait du mieux qu'il peut. Et que de toute façon, ça vaut le coup à cause "de la couleur du blé"...

(extrait du petit prince de Saint Exupéry)

- Viens jouer avec moi, lui proposa le petit prince. Je suis tellement triste... - Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé. - Ah! pardon, fit le petit prince. Mais, après réflexion, il ajouta : · Qu'est-ce que signifie " apprivoiser " ? ... - C'est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie " créer des liens... " - Créer des liens ? - Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi , qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde... - Je commence à comprendre, dit le petit prince.

...

- Ma vie est monotone... Mais, si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m'appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d'or. Alors ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé... Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince : - S'il te plaît... apprivoise-moi ! dit-il. - Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n'ai pas beaucoup de temps. J'ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître. - On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi ! - Que faut-il faire ? dit le petit prince. - Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près...

Le lendemain revint le petit prince. · Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l'après-midi, dès trois heures je commencerai d'être heureux. Plus l'heure avancera, plus je me sentirai heureux. À quatre heures, déjà, je m'agiterai et m'inquiéterai; je découvrirai le prix du bonheur! Mais si tu viens n'importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m'habiller le cœur... ...

Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l'heure du départ fut proche : - Ah! dit le renard... je pleurerai. - C'est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t'apprivoise... - Bien sûr, dit le renard. - Mais tu vas pleurer! dit le petit prince. · Bien sûr, dit le renard. · Alors, tu n'y gagnes rien ! · J'y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé. Puis il ajouta : - Va revoir les roses. Tu comprendras que la tienne est unique au monde. Tu reviendras me dire adieu, et je te ferai cadeau d'un secret. Le petit prince s'en fut revoir les roses. - Vous n'êtes pas du tout semblables à ma rose, vous n'êtes rien encore, leur dit-il. Personne ne vous a apprivoisées et vous n'avez apprivoisé personne. Vous êtes comme était mon renard. Ce n'était qu'un renard semblable à cent mille autres. Mais j'en ai fait mon ami, et il est maintenant unique au monde. Et les roses étaient gênées. - Vous êtes belles, mais vous êtes vides, leur dit-il encore. On ne peut pas mourir pour vous. Bien sûr, ma rose à moi, un passant ordinaire croirait qu'elle vous ressemble. Mais à elle seule elle est plus importante que vous toutes, puisque c'est elle que j'ai arrosée. Puisque c'est elle que j'ai mise sous globe. Puisque c'est elle que j'ai abritée par le paravent. Puisque c'est elle dont j'ai tué les chenilles (sauf les deux ou trois pour les papillons). Puisque c'est elle que j'ai écoutée se plaindre, ou se vanter, ou même quelquefois se taire. Puisque c'est ma rose.

Et il revint vers le renard : - Adieu, dit-il... - Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. - L'essentiel est invisible pour les yeux, répéta le petit prince, afin de se souvenir. - C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. - C'est le temps que j'ai perdu pour ma rose... fit le petit prince, afin de se souvenir. - Les hommes ont oublié cette vérité, dit le renard. Mais tu ne dois pas l'oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose... - Je suis responsable de ma rose... répéta le petit prince, afin de se souvenir .

mercredi 30 juillet 2014

Un rêve

J'étais avec ma sœur et nous achetions des petits cadeaux pour nos hommes. J'achetais un briquet et un paquet de cigarette, une parka, et un opinel. Je rentrais toute contente de mes surprises. Je retrouvais François. Je voulais offrir les cadeaux un à un et le surprendre, mais impossible de remettre la main sur le briquet et sur le paquet de cigarette. Je ne retrouvais que des vieux briquets usagés. Il me disait: "c'est pas grave, j'ai le mien de toute façon". Déçue, je passais à l'opinel tout en pensant à la Parka, me demandant si elle allait lui plaire, me souvenant qu'il en avait déjà une pour son scooter. Il regardait l'opinel, le tournait dans tout les sens, étonné. Je lui disais, comme c'est ta fille Marie qui a récupéré le tien, tu pourras emporter celui là le jour de ta vrai mort. Et soudain je réalisais qu'il était vraiment mort déjà et que tout cela n'était qu'un rêve. Alors je le serrais dans mes bras en pleurant. Je lui disais : "je ne veux pas me réveiller". Je voulais garder la sensation de son corps contre le mien. Mais déjà j'étais en train de me réveiller, des sanglots plein la gorge.

ça prévient pas ça arrive chantait Barbara ...

mercredi 2 juillet 2014

Je souffre, c'est tout.

Mon corps me parle de ma souffrance et de la peur de cette souffrance. Je me sens démunie face à elle. Je fais ce qu'il faut, je prend soin de moi, je me soigne.

Mais mon corps me raconte ma souffrance. Je me réveille le matin avec la perception des tensions de la nuit. Je ne me souviens pas de mes rêves. Je sens juste cette crispation intérieure que j'ai du vivre toute la nuit. Il arrive des matins ou je me réveille bloquée. En ce moment je ne peux plus tourner la tête à droite. J'ai une douleur intercostale qui me bloque tout le haut du dos. J'ai fait deux séances avec mon ostéopathe, qui me soulage un peu. Mais la nuit suivante, détruis le travail au lieu de l'accompagner. J'ai mal et je ne sais plus quoi faire pour me soulager.

Peut être qu'on n'y peux rien. Peux être que je dois juste vivre cette souffrance, l'accepter, la pleurer... ça passera, surement, un jour... A quoi sert la souffrance ? A rien peut être. La peur, je sais, mais la souffrance ? Peut être que la souffrance c'est comme la vie et la mort, c'est.

lundi 30 juin 2014

Si absolument en confiance

Il avait cette façon d'enfermer mon visage dans ses deux mains et de planter son regard dans le mien qui faisait tomber toutes mes résistances. Je me souviens qu'au début de nous, cela me faisait pleurer. Quelque chose en moi lâchait. Si je dois trouver une image pour bien exprimer ce que je ressentais je pense à ces chattes qui prennent leur chaton par la peau du cou. Un geste qui provoque un relâchement intérieur, le geste du sentiment de sécurité.

Quand je pleurais ainsi dans ses bras, il m'entourait de sa force. Il ne me posait aucune question. Il ne s'inquiétait pas de ce que j'exprimais ainsi. Il m'entourait de sa force et il attendait que le flot de mes larmes se tarissent. Il ne m'a jamais dit ce qu'il éprouvait, lui, à ce moment là. Il me disait juste qu'il m'aimait et qu'il prenait tout, qu'il acceptait le tout de ce que j'étais. J'ai beaucoup pleuré dans ses bras au début de nous.

Je viens d'un pays violent, le pays de mon enfance. J'ai grandit en faisant attention à tout et à tout moment. Je crois que c'est cela que j'ai abandonné dans mes larmes, mon visage dans ses mains, son regard dans le mien. J'ai pleuré toutes mes peurs et tout mon soulagement. Je me trouvais en sécurité, enfin ...

Aucune promesse n'a été faite, si peu de mots en réalité. Mais un geste d'une telle intensité... Quand je pense à lui, c'est souvent ce geste là qui me revient d'abord. Cette façon qu'il avait de prendre mon visage entre ses mains.

Au fil du temps et je ne sais plus comment, nous avons instauré des jeux, comme des rituels. L'un de nous disait "je t'aime", l'autre "répondait "moi plus", de là nous trouvions d'autres superlatifs et cela nous faisait rire. Ce rituel là, ma fille en a gardé la trace et c'est avec elle que j'y joue maintenant.

Il m'a dit un jour que j'étais comme un cheval sauvage et que la moindre maladresse de sa part me faisait me cabrer, qu'il avait le sentiment qu'il devait m'apprivoiser, alors nous avons parler du petit prince et du renard. J'aimais ça qu'il m'apprivoise, qu'il prenne ce temps là, d'apprendre à me connaître. En faisant tomber mes résistances, petit à petit, je me suis aperçue que j'apprenais à le connaître aussi.

Je crois que nous ne nous sommes jamais menti et que c'est pour cela que nous ne nous sommes jamais déçu. Nous sommes arrivés l'un vers l'autre avec nos failles béantes, moi avec l'exubérance de mon émotivité, lui avec sa discrétion maladive, mais il ne m'a pas menti sur qui il était et je ne lui ai rien cacher. Pourtant nous ne nous sommes pas beaucoup raconter, mais je crois que nous nous sommes beaucoup écouter.

Puis nous nous sommes découvert comme parent. Je l'ai connu d'abord comme père de ses enfants avant de le connaitre comme père de notre fille. Il avait tant d'envie et si peu les moyens de les réaliser. Il faisait de son mieux. Il avait ce regard sur eux, si intense. Il était fasciné par ces individus qu'il voyait grandir. il ne savait pas bien ce qu'il y pouvait. Aussi, il se disait qu'il fallait les laisser faire. Il avait bien plus confiance en eux qu'en lui. Nous avions de grandes discussions à ce sujet et nous avons eu quelques une de nos rares disputes. Il me trouvait trop mère poule, je le trouvais père trop distant. Je ne me reconnaissais pas dans ce qu'il disait de ma façon d'être mère, il ne savait pas comment être père autrement, et puis il se cachait derrière moi aussi, parait que je ne lui laissais pas assez de place, il avait du mal, tellement de mal à prendre de la place. Il fallait que je m'efface, que je quitte la pièce que je les laisse entre eux. Alors moitié n'ayant pas d'autres choix, moitié envie de tenter sa chance, il prenait sa place de père. Après il me racontait fièrement les échanges qu'ils avaient eu.

Il avait la sérénité de celui qui n'espère pas grand chose, du fataliste. En même temps je l'ai découvert anxieux. Il avait peur de me décevoir je crois. Chaque fois qu'il me dévoilait une de ses inquiétudes, chaque fois je souriais en disant "pourquoi donc as tu voulu porter ça tout seul ?" Il disait "je ne voulais pas t'inquiéter" je disais " je ne suis pas une petite fille, je peux faire face à l'existence, c'est cela être deux aussi, non ?" Je voyais dans ses yeux un soulagement, un bonheur tel. il me disait alors "Tu sais, c'est plutôt bien de vivre avec toi." Je répondais " t'es pas mal non plus dans ton genre". Les sourires et les regards complices échangés, ces vagues d'amour qui nous emportait.

Quand j'avais un projet, il avait dix milliards d'idées. Lui qui disait qu'il n'était pas un créatif... ça me faisait rire, son enthousiasme. Il me croyait capable de tout réaliser. Il n'évoquait pas les embûches qui m'attendaient sur le chemin de mon projet, il pensait à des choses qui pourraient m'aider. Ce n'était pas toujours pertinent, c'était parfois maladroit, mais c'était bon de sentir sa foi en moi. Il était toujours partant pour me donner un coup de main, là ou il pouvait. Ainsi il a crée mes blogs, il a fait imprimé des affiches pour un de mes spectacles, des cartes de visites etc... Il corrigeait mes fautes d'orthographe sur mes écrits, jamais il ne s'est moqué d'elles.

Jamais nous ne nous sommes rabaissés l'un l'autre, pas même avec humour. Jamais nous n'avions ces échanges qu'ont parfois les couples, surtout en public, pour se faire passer des messages avec humour. Nous nous disions les choses directement et quand nous ne pouvions pas, parce qu'on n'avait pas les mots ou parce qu'on se doutait que ce n'était pas juste et bien on se taisait. On gérait ça sans faire chier l'autre. Mais les choses importantes, on se le disait. On savait qu'on serait entendu.

François disait "c'est celui qui fait qui a raison", nous en avions fait une règle de vie commune. Pas de reproche sur la façon que l'autre avait de faire. C'est une des choses qui m'a beaucoup appris sur ce que c'est que de respecter l'autre, l'accepter, exactement et pas seulement par petit bout. L'accepter dans le quotidien, dans toutes ses petites choses qui peuvent devenir si facilement insupportable. Nous ne nous disions pas "tu devrais faire comme ceci" aucune de ces petites phrases qui agacent. Et puis si on était trop irrité par la façon que l'autre avait de faire, on quittait la pièce. Notre règle d'or "celui qui fait a raison, il n'y pas de meilleure manière, de bonne ou de mauvaises, il n'y a que celle de celui qui fait". Avec le temps, on a même fini par aimer toutes ces différences, aimer ces étonnements que cela provoquait en nous. Vivre avec François c'était comme de découvrir un nouveau pays. Pas de jugements, juste de la curiosité et beaucoup d'humilité.

Nous nous sommes beaucoup respecté, essentiellement respecté, était ce l'amour qui l'a permis ou ce respect qui a permis l'amour ? Je n'en sais rien. Je sais juste que c'était bon à vivre. Je sais juste que ça a changé définitivement ma façon d'être au monde. Je ne sais pas si nous étions un miracle l'un pour l'autre. Le miracle qui ne se produit qu'une fois. Cet évènement si exceptionnel, si rare et si précieux qu'on peut le nommer miracle. Je ne sais pas. Je me dis que j'ai la chance de l'avoir vécu. Je me dis que je souffre de l'avoir perdu. Et j'ai peur de l'avenir sans lui maintenant, peur de ne pouvoir m'empêcher de le chercher dans d'autres et certaine de ne jamais le retrouver. Peur de ma solitude en conséquence.

Je ne sais pas si notre amour était exceptionnel, je sais juste qu'avec lui pour la première fois de ma vie, je me suis sentie suffisamment en sécurité. Que jamais avec personne d'autres, ni amis, ni famille, je me suis senti si absolument en confiance. Si absolument en confiance...

dimanche 29 juin 2014

Tout a déjà été écrit

J'aimerai pouvoir en parler à quelqu'un qui ne saurait pas que tout à déjà été dit, que tout à déjà été écrit. En parler comme d'un chagrin neuf pour celui qui écoute. Parce que pour moi, c'est un chagrin que je traine déjà depuis si longtemps, dont j'ai déjà tant parler, sur lequel j'ai déjà tout écrit... J'aimerai pouvoir raconter qui il était à quelqu'un qui ne l'a pas connu. J'aimerai pouvoir ouvrir mon sac de douleur, de chagrin et d'amour sans faire fuir, sans faire peur, juste parce que ça fait parti de moi aujourd'hui, pour toujours ? Mais je me tais beaucoup depuis que j'ai tout écrit. Comme lassée moi même de ma souffrance.

Rien de nouveau de ce côté là. Mon dos continue d'exprimer ce que je ne parviens pas à crier. douleur, chagrin, colère et peur. J'ai mal. Je suis fatiguée d'avoir mal. Je voudrais que ça s'arrête maintenant. Mais ça ne s'arrête pas. J'ai plus de force, j'ai plus envie d'être forte. J'ai envie d'être une petite chose chétive, une boule de larmes de sang. Mon corps n'est qu'un amas de douleurs qui viennent me dire que je suis vivante et que je suis triste, tellement triste. Que je trouve la vie dure, tellement dure.

Me laisser aller, ne plus me battre, ne plus raisonner , ne plus rassurer, ni moi, ni personne. Juste pleurer. Il est mort putain ! ça fait encore tellement mal. Comment je fais pour vivre avec toute cette souffrance ? Liquider le poison qui coule dans chaque cellule de mon corps qui le cherche encore.

Je m'imagine comme un carton de déménagement, rempli, fermé, perdu quelque part, dessus serait écrit : " Attention fragile " J'aimerai qu'on me retrouve...

mercredi 4 juin 2014

Aujourd'hui deux ans

Il y a une sorte de délectation de la tristesse dont je me méfie toujours. Alors, je souris beaucoup. Je m'occupe beaucoup des autres et je suis très active pour m'occuper de moi aussi. Mais je sais bien que je n'accueille pas la tristesse. Mon corps qui n'est pas si bête que je le crois, me rappel que j'ai peur, me rappel que je suis triste. J'ai pas envie d'avoir peur, j'ai pas envie d'être triste. J'ai tellement envie d'être heureuse !

Mais aujourd'hui, voilà, ça fait deux ans. Aujourd'hui est un bon jour pour laisser la femme triste exister. La laisser pleurer, la laisser se souvenir même si tout ses souvenirs sont fait d'eau salée.

Il y a quelque chose de délicieux à le pleurer. A se perdre dans nos albums photos. A retrouver les images de notre complicité, de notre amour. Qu'est ce qu'on s'aimait ! Quand je rêve de lui, je retrouve la puissance de cet amour intact. Il est toujours quelque part en moi, immuable. J'en sourit parce que, je m'en étonne chaque fois "ah oui, c'est vrai, nous nous aimions comme ça !"

J'ai envie de passer la journée avec lui. J'ai envie de sentir son regard sur moi, de sentir son odeur de tabac, de l'entendre rire, de lire son écriture, d'aller me nicher contre lui, de sentir ses deux mains enserrer mon visage. J'ai envie de sa présence. Ma mémoire au service de cet amour immortel.

Demain, je recommencerai à vivre l'avenir.

mercredi 12 mars 2014

Une boucle...

Je crois que la boucle est bouclée. Je ne peux pas en être sure, mais je le crois. J'ai mis le mot fin en tout cas en finissant d'écrire notre pièce de théâtre. Je vais retourner chez moi, sur "carnet de brouillon" maintenant. Bien sur ce blog reste ouvert à la lecture.

dimanche 9 février 2014

Notre histoire

François

J'ai commencé, ça y est, à écrire notre histoire. Le récit prend la forme dune pièce de théâtre. Je ne le savais pas en commençant, c'est devenu évident à force de mots recomposés. Notre histoire est vivante, le théâtre est donc son lieu.

Tu me disais souvent que j'écrirai un jour un best seller et que nous pourrions alors nous arrêter de travailler. On en riait bien. Et puis tu es tombé malade et tu m'as dit "tu feras de nous une histoire, j'en suis sur". J'ai rit. J'ai dit : " Oui, surement, heureusement que t'es tombé malade, je manquais d'inspiration". Tu as rit à ton tour.

Nos dialogues, l'ironie de la pudeur, l'humour de l'amour.

J'ai repris le fil au début de nous et je le déroule. Notre vie en trois actes.

C'est étrange, ce n'est pas sans émotion, c'est parfois obsessionnel, cette écriture. Je me surveille. Je veille sur moi, sur ce que ça me fait. Ne pas sombrer dans la contemplation du passé qui s'enroule à moi. Ne pas oublier de respirer le présent.

Tu te souviens, je faisais souvent ce jeu de mot, mon présent, mon cadeau. La langue française est merveilleuse, car oui, bien sur, le présent est un cadeau.

En écrivant notre passé, je le met à sa place. C'est écrit, voilà, c'est donc éternel, c'est du théâtre, voilà, c'est donc éphémère. C'est nous très exactement.

lundi 3 février 2014

Maman, papa me manque tellement.

"Maman, papa me manque tellement".
Elle dit ça en mettant ses bras autour de mon cou, au moment ou je lui dis bonsoir. On se sert fort.
Je lui dis : " c'est normal, à moi aussi il manque."
Elle commence à avoir du mal à se souvenir. ça devait arriver. A l'âge qu'elle a c'est difficile de se souvenir. Alors je lui raconte, je lui refais des bouts d'histoire entre son père et elle.
C'était pas un père extra-ordinaire, mais c'était un bon père. Pas hyper présent, mais quand même, pas très démonstratif de son affection, mais aimant.
C'est difficile de lui raconter des souvenirs de son père et elle, parce que la plupart du temps, quand j'étais là, il s'effaçait. Mais ils ont passé beaucoup de temps ensemble sans moi et de ça, je ne sais rien. Elle ne se souvient pas.
Il avait du mal à faire sa place. Il me reprochait plus ou moins gentiment de ne pas lui en faire ; je lui répondais plus ou moins gentiment, "c'est à toi de la prendre et crois moi, j'essaie de t'en laisser de la place".
Je lui parlais du trio que nous pouvions former, il avait tendance à ne penser qu'en duo, lui et moi, moi et notre fille, lui et notre fille. Mais les moments tous les trois ensembles, il fallait toujours aller le chercher, le faire quitter son ordinateur, l'inviter dans nos câlins. Son truc, avec le "faut pas déranger, faut pas s'imposer", c'était vrai jusque dans son rapport à nous. Mais la merveille s'en débrouillait bien. Elle aimait s'inviter entre nous quand nous nous allongions côte à côte sur le canapé devant un film. Oui, des images comme ça. ça ne durait pas longtemps, je crois qu'il se sentait envahit aussi. Il aimait la solitude, se retrouver dans son territoire intime, au cœur de ses citadelles imprenables.

J'oublie aussi, les faits, les anecdotes. J'en oublie plein. Ce qui reste, toujours, ce sont les émotions, les sensations. Un regard, un sourire, une caresse, un rire, une voix, tout ce qui compose ma mélodie amoureuse.

Je voudrais aider la merveille à avoir sa propre mélodie de souvenir avec son père...

vendredi 31 janvier 2014

Il ne fêtera jamais ses 60 ans

Il aurait eu 60 ans aujourd'hui. Il n'aurait pas aimé ça. Il m'aurait dit qu'il est un vieux schnock et je me serais moquée de lui. Je l'aurai appelé mon vieux, parce ce que j'étais sans pitié pour ses complexes ridicules. Il aurait rit et grogné en même temps.

J'avais imaginé, longtemps avant, que pour cette occasion je lui ferai une surprise. J'avais imaginé inviter tout ses amis, tout ses amis virtuels qu'il côtoyait sur le net depuis 20 ans pour certain mais qu'il n'avait jamais eu l'occasion de rencontrer. Sans le prévenir bien sur, sinon c'est pas drôle. J'avais même commencé à imaginer comment je m'y prendrai, pour aller fouiller dans son ordinateur à le recherche de ses contacts. On aurait fait une grande fête avec tout ce petit monde mélangé. ça l'aurai épuisé, tout ce monde d'un coup, mais il aurait été touché par cette preuve d'amour, ces preuves d'amour.

Mais il n'est plus là. Il ne fêtera jamais ses 60 ans.

Ou alors, il aurait détesté ça, la surprise, il se serait transformé en vieux schnock pour de vrai cette fois-ci et je l'aurai quitté. Ou alors dans le lot de ses contacts virtuels, il aurait rencontré une femme sublime, à laquelle il n'aurait pu résisté et m'aurait quitté. Hein, après tout, allez savoir ce que l'avenir nous aurait réservé. On n'avait pas imaginé le cancer, on n'avait pas imaginé sa mort, alors une séparation, pff c'est banal à côté.

Mais de toute façon, il n'est plus là. il ne fêtera jamais ses 60 ans.

Je me fais mal à écrire ces mots. Mais je dois les écrire. Je ne m'épargne rien. Je préfère le vivre, le dire, et pleurer cet anniversaire qui n'aura jamais lieu que de faire comme si ça n'existait pas, son absence. Parfois je fais comme si ça n'existait pas. Mais pas un jour comme aujourd'hui. Mieux vaut souffrir un bon coup et qu'on en parle plus.

Il n'est plus là. Il ne fêtera jamais ses 60 ans

La merveille aime bien fêter l'anniversaire de son père. L'an passé, pour le premier manqué, nous avions diné toutes les deux aux chandelles avec la photo de son père. Cette année elle veut recommencer, et souffler les bougies et faire un gâteau avec sa sœur. C'est une fête pour elle. Pour moi... Je ne sais pas...

Il n'est plus là. Il ne fêtera jamais ses 60 ans.

C'est pas tellement grave pour lui. De toute façon il aimait pas les anniversaires, et puis il aimait pas tellement l'idée de vieillir, il avait en tête l’Alzheimer de sa mère et ça lui faisait peur. Il pensait à l'Alzheimer mais il ne pensait pas au cancer, ce fumeur comme un pompier. Le comble hein ! Le con ! Il me demanderait pardon s'il pouvait, pour nous avoir laissé seul. Pour toutes ces larmes que je verse. Parfois je suis tellement en colère que je m'imagine lui dire "va chier connard" oui, vulgaire comme ça ! Mais le plus souvent j'arrive pas à lui en vouloir, j'arrivai jamais à lui en vouloir, parce que je l'aime...

Il n'est plus là. Il ne fêtera jamais ses 60 ans.

Il ne sera jamais le vieux schnock pour moi. Il sera toujours cet homme sautillant comme un gamin de quinze ans, s'avançant vers moi comme vers son premier amour. Il n'y a que la mort pour donner de l'éternité finalement...

mercredi 15 janvier 2014

Lettre à François

François,

Je suis redevenue celle que tu as connue. J'ai retrouvé mon poids d'origine, mes cheveux ont repoussés, je me suis coupée la frange. Je me ressemble, telle que tu m'as aimée au premier regard. C'est étrange. C'est agréable et étrange. J'ai fait ce chemin là pour notre merveille d'abord, pour lui montrer que je prenais soin de moi. Pour répondre à cette demande : " je voudrais que mes enfants te connaissent". Oui, elle a dit ça exactement, ce petit bout qui n'avait pas encore 7 ans à l'époque. Elle se projetait déjà dans cette vie à venir sans toi et qu'elle veut avec moi.

Et puis, sur le chemin, je me suis mise à m'aimer à nouveau. Alors je suis allée plus loin. Quand je t'ai connu, je crois que ton amour pour moi à pris toute la place. Je ne me suis plus souciée de m'aimer, tu le faisais pour nous deux. Tu m'aimais tellement fort et tellement bien, tellement mieux que moi-même. J'ai laissé tomber, je me suis occupée d'autre chose. De t'aimer toi, d'aimer notre fille, d'aimer autrui mais moi je n'avais pas besoin. Il y avait ton regard sur moi, constant, immuable, assuré, rassurant. Puis tu es mort. J'ai perdu l'équilibre, j'ai senti tout mon poids d'un seul coup. Alors j'ai fait ce chemin, sans savoir que c'est là que j'allais. Je me retrouve au point de départ, presque 10 ans en arrière, quand tu m'a regardé pour la première fois et que ce regard m'a fait me sentir sublime.

Mais ce qui est étrange, c'est que quand je me regarde dans un miroir, que je redécouvre mes jambes, ma taille, mes hanches, mes épaules, mon visage même, je te vois toujours me regarder et c'est toujours comme cela que je parviens à m'aimer. Je pense "si tu me voyais, tu me trouverais sublime" et je me souris car tu m'aimes encore.

Tu vois c'est troublant tout de même, toute cette absence, si vaste, ce gouffre, cet abysse et aussi toute cette présence, malgré tout, immuable, éternelle ?

J'ai envie d'aller de l'avant (elle est drôle cette expression). J'ai envie de plaire, j'ai envie de voir dans le regard d'un autre, cette petite étincelle de désir, de vie. J'ai envie de rire et de faire rire, d'être légère et courte vêtue. Quand je m'imagine ainsi, marchant de mes grandes jambes habillées de collants loufoques, jouer à séduire, je t'imagine aussi, à côté de moi, amusé de mes tours. Dans mon imagination tu me souris toujours, même quand je suis triste. Tu es toujours mon compagnon. Celui qui m'aime et me laisse vivre ma vie. Tu l'as toujours été. Merci.

lundi 23 décembre 2013

Aux vies volées

Autour de moi, je perçois parfois même je vois et j'entends des personnes qui ne parviennent pas à être elle même. Beaucoup de peur, parfois de la honte. Des personnes qui se battent contre elles même plus que contre les autres. Des personnes qui se font des vies de colères, de douleurs, de larmes et d'épuisements. Je sais bien que je ne peux rien y faire. Mes mots sont vains parce que parvenir à être soi, à se respecter, à s'aimer, c'est un chemin que l'on fait seul.

Mais tant pis. A lui, à elle, à tous ceux qui veulent j'ai envie de dire ceci. Vous n'êtes pas votre colère, pas plus que vous n'êtes votre peur. Ce sont ces émotions qui sont destructives et qui vous donnent cette sensation de puissance que vous voulez brider pour ne pas anéantir ce que vous touchez. Mais ce ne sont que des émotions, elles ne sont pas vous. Chacun, je sais que vous connaissez la litanie bene gesserit de la peur "Je ne connaîtrais pas la peur, car la peur tue l'esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale. J'affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu'elle sera passée, je tournerai mon oeil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n'y aura plus rien. Rien que moi." C'est tellement vrai pour toutes ces émotions. Votre colère, votre rage, votre peur, votre chagrin, doit pouvoir passer en vous, circuler, et partir. Les brider, c'est les retenir, c'est s'en rendre prisonnier. Vous qui savez écrire ou dessiner ou photographier ou danser, comme par hasard, vous avez l'outil pour cela.

A celui, a celle qui n'ose pas être lui/elle même, parce que la société ne connait qu'un seul modèle et ne le/la reconnait pas, J'ai envie de dire, notre société à tort dans tout les cas. A celui, a celle, qui veut correspondre aux attentes de ses parents, de son amour, de ses amis, de ses enfants, j'ai envie de dire que cela est vain parce que c'est un puits sans fond, c'est se condamner à être toujours insatisfaisant. Les mascarades, les déguisements, les arrangements, n'empêchent que la compréhension de ce que l'on donne à voir, mais n'empêche pas d'être perçu tel qu'on est. Vos paradoxes entre ce que vous rêver d'être et ce que vous êtes en vrai sont des armes que vous tournez contre vous-même. Il n'y a pas de vie volée, de vie ratée, il n'y a que la vie. Votre vie ne vaut pas moins qu'une autre quoique vous en fassiez. Des choses arrivent, c'est ainsi, ces choses nous construisent dans la souffrance bien souvent et parfois dans de grandes joies, mais cela fait ce que nous sommes aujourd'hui.

Je ne sais pas pourquoi je me sens si touchée et un peu révoltée aussi, de vous sentir si proche et si loin de vous-même en même temps. Je ne sais pas qui vous êtes, ce n'est certainement pas à moi de vous définir. J'ai juste le sentiment que j'y étais, là ou vous êtes, je me souviens bien de votre douleur, et je connais la libération de l'acceptation. Je ne vous parle pas d'un ailleurs qui ne connaitrait rien de vos douleurs. J'y étais. Je n'ai pas de mode d'emploi hein, bien sur, ce serait cool d'avoir un mode d'emploi, je suis juste absolument certaine que la vie est meilleur à vivre quand on la prend telle qu'elle s'offre. Mais peut être suis je une aveugle, moi qui ai toujours eu besoin d'aimer follement la vie, au point de pleurer pour un coucher de soleil, de rire du chant de la mésange, d'être séduite par le talent.

Je crois que c'est la mort de François qui me pousse à écrire tout cela. Je crois que je suis révoltée par ce qu'il n'a pas eu le temps de vivre. Alors j'écris, même des mots vains, au cas ou, on ne sait jamais, peut être, ça ne serait pas si vain.

dimanche 8 décembre 2013

Manque et vie

Qui peut parler du manque ? Comment en parler ? Ce n'est rien après tout, ce n'est que le manque. Une émotion ? à peine. Une sensation diffuse comme un parfum subtil. Une impression. Une image au détour d'un souvenir, une caresse qui se posait là, la chaleur d'une main, la douceur d'un regard, qui est toujours là et qui n'est plus là. Une impression oui. Je l'aime encore. Dix-huit mois qu'il est mort, et je l'aime encore. D'un amour impressionné ? Imprimer en tout cas, graver.

Mandela est mort dix-huit mois après François. L'un manque à l'humanité, l'autre à quelques humains. Moi, je pleure toujours François et la mort de Mandela ne parvient pas à m'atteindre. Je n'ai pas de place pour le deuil international.

Je l'aimerai toujours. C'est idiot l'amour, ça n'est éternel que dans la mort. Je l'aimerai toujours et je peux m'en accommoder. Du manque aussi je peux m'y faire. On s'habitue à tout. Oui, on s'habitue. François est toujours là, ineffaçable, inoubliable, une page qui ne peut pas se tourner. Une page un peu spéciale qui se déplace dans le livre de ma vie. Et je n'ai pas envie qu'elle se tourne, en vérité non, je n'en ai pas envie. J'ai un homme dans le cœur pour toujours mais je dois vivre quand lui est mort.

Qui peut parler du manque ? Comment en parler ? François me manque. Pas son amour, après tout, ça je ne l'ai pas perdu. Non, le concret, le palpable. Ses mains, sa voix, son rire, ses regards, son odeur de clope même, me manquent. Cet obscur objet de mon désir, en souvenir.

Mais je suis vivante. J'ai envie de séduire et d'être séduite. Un début d'avenir. L'envie... La vie...

samedi 23 novembre 2013

Papillon

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Je n'ai plus envie du tout de me faire chier. Or parfois pour réaliser certains projets, faut se faire un peu chier, ya des trucs moins agréables que d'autres auxquelles ont ne peut pas échapper. Et là ça m'arrête. Suis pas assez motivée pour passer par dessus cet effort là, ou alors j'ai plus la niak. J'ai pas envie de me faire chier.

Là j'ai envie de prendre des cours de chants en plus des cours d'accordéon pour apprendre à chanter en jouant. Et puis comme ça, je pourrais chanter les chansons que j'écris. Se serait le kif. Et vous savez quoi, j'y pense sérieusement à prendre des cours de chants. J'attends un peu d'avoir avancer sur l'accordéon, mais je pense que je vais le faire.

J'ai pas envie de faire des choses qui me coûte. ça m'épuise rien que d'y penser. J'ai juste envie d'être dans le plaisir, dans le partage, dans le plaisir partager. On en chie assez comme ça, j'ai pas envie de m'en rajouter. Ne pas en chier ça veut pas dire ne pas faire d'effort. Il y a des efforts qui ne coûte pas, des efforts qui font plaisir. J'ai pas envie d'en chier c'est tout. J'ai fait une overdose je crois. Et puis vous savez quoi, putain ce que la vie est courte ! Ce qu'on peut se la gâcher, se la gaspiller, à souffrir pour des pas grands choses, pour des ambitions qui ne nous appartiennent pas. La mort de François, le mal qu'elle me fait, c'est suffisant.

J'ai envie de douceur, j'ai envie de m'amuser, j'ai envie de rire, j'ai envie d'amour, j'ai envie de beauté, j'ai envie d'apprendre des trucs nouveaux, j'ai envie de découverte, j'ai envie par dessus tout d'harmonie.

Voilà, c'est ça mon projet de vie en fait. Le reste c'est du blabla sociale pour faire bien. Voilà, je lâche prise, j'abandonne les projets qui font bien pour des projets qui font du bien. ça faut pas que je l'oublie.

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vendredi 15 novembre 2013

La vague

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Ce matin, de retour d'avoir déposé la merveille à l'école je croise un papa avec sa fille sur les épaules. Je passe. Quelques pas plus loin, je croise un papa qui discute avec son petit garçon. Une image s'impose à moi. Celle de François qui tient la merveille par la main. La vague arrive. Je pense qu'il ne l'a jamais fait sur ce chemin là. La vague monte. Des souvenirs, des images, des mots, la vague gonfle. Je pleure sur le chemin du retour.

En ce moment c'est comme ça. L'émotion ne prévient pas ou à peine, ou trop tard pour y changer rien. François me manque. Ces trois mots là vont finir par me définir. Je suis tellement triste.

C'est pas grave quand ça me prend sur le chemin du retour et que j'ai un peu de temps avant d'aller travailler. C'est plus difficile quand ça me prend juste en garant la voiture avant d'aller trouver mes élèves, ou juste avant de récupérer la merveille à l'école. C'est plus dur quand j'ai l'impression que je ne vais pas réussir à la faire refluer, pourtant j'y arrive chaque fois, bien sur. La vague fini par passer, toujours...

mardi 5 novembre 2013

J'aspire à la légèreté

Aujourd'hui j'avais rendez-vous avec la sophrologue et comme chaque fois avant de commencer la séance de "relaxation" à proprement parler elle me demande ce que je me souhaite, à quoi j'aspire, là dans ce temps présent et pour les jours qui viennent. J'ai répondu "à la légèreté".

J'ai parfois l'impression d'être un papillon qui s'agite avec mes ailes si petites et si fragiles. J'aspire à la légèreté. J'ai souri et j'ai dit aussi "j'ai un fantasme. Plutôt que de rêver du prince charmant, je rêve de rencontrer une personne plein d'enthousiasme et d'élan, avec des projets plein la tête et de l'énergie à revendre. Une personne qui m'entrainerai ? Qui m'accompagnerai ? dans cet élan vitale." Elle m'a dit que c'était plus plausible que le prince charmant, j'ai rit. J'ai dit "peut être, mais par ces temps de crise ça ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval". (En même temps quelle idée d'aller chercher sous le sabot d'un cheval)

J'ai des travaux à faire dans la maison, des petits et des plus gros, des pour la garder en bon état et des pour l'améliorer. J'ai un projet professionnel qui attend de voir le jour. C'est difficile de tout entreprendre toute seule. De tout décider toute seule. C'est pas que j'en sois pas capable. C'est juste plus difficile. C'est juste que j'ai pas envie. C'est juste que c’est beaucoup de responsabilités, et que les responsabilités ben, c'est lourd à porter. J'aspire à la légèreté...

A propos de responsabilité, je me suis souvenue de la phrase qu'une amie m'avait dit alors que je lui racontais que je m'inquiétais pour untel et unetelle etc. Elle m'avait dit " Mais, tu as conscience que ce ne sont pas tes oignons ?" Cette expressions là, "c'est pas tes oignons". ça m'avait bien recadrer. La bonne distance dans l’assistance que l'on porte à autrui. Ne pas me charger de la responsabilité des autres, du bien être des autres, de ceux que j'aime. Ne pas me charger. J'aspire à la légèreté.

C'est une clé, cette histoire de responsabilité, sur mon trousseau elle est avec la clé de la culpabilité. Deux clés ? Deux piliers ? Deux portes à ouvrir pour trouver de la légèreté.

dimanche 27 octobre 2013

Quand il sera temps

Parfois c'est comme cela que ça se passe. J'ouvre les yeux le matin. Je pense "François, tu me manques". Ma première pensée éveillée. Mais je ne pleure pas. Je ferme mes yeux et j'essaie de me souvenir. Ses mains, son regard, son rire. J'essaie de me blottir dans ses bras en souvenir. J'y cherche le réconfort, la force, la sérénité, le calme, la joie, l'un ou l'autre ou tout à la fois. Rien, je ne retrouve rien. Mais je ne pleure pas. Je pense : "Il est mort, c'est fini". Mais je ne pleure pas. Il n'y a qu'en l'écrivant que je retrouve quelques larmes.

Ce n'est pas fini. ça ne finira peut être jamais. Cette absence.

Je sais déjà que je me suis racontée des histoires. Je m'étais dis que je serais vigilante à ne pas l'idéaliser. Qu'il ne deviendrai pas ma référence, mon point de repère, mon exigence. Mais je savais que je me mentais. Parce que c'est comme ça, c'est inévitable. On ne veut jamais de l'inévitable et pourtant ... Maintenant que je l'accepte, maintenant que je dis "tant pis" ça me parait moins grave. Pourvu que ça ne fasse pas de moi une femme incapable d'aimer à nouveau. Aimer à nouveau ... Je crois que c'est aussi inévitable... Quand il sera temps.

Quand il sera temps, j'éprouverai de nouveau, du nouveau ? Quelles sont donc les émotions qui me restent inconnues ?

Ce matin aussi j'ai pensé que ma vie formait un genre de destin. Pas dans le sens "c'était ma destinée" mais dans celui de ce qu'on éprouve quand on lit un livre ou le personnage principal à une vie, comment dire ? Chargée ?
De mon enfance à mon deuil d'aujourd'hui, que de rebondissements. Mais peut être est ce ainsi de toute vie ?
J'ai commencé à écrire sur un blog peu de temps avant de rencontrer François. j'y parlais alors beaucoup de moi, de mes batailles contre mon enfance. Elles ont fini par cesser ses batailles, non sans effort, non sans épreuve. Mais il y a eu la paix. J'ai rencontré François. J'ai écrit alors sur cette rencontre, sur mon amour naissant, sur ma surprise. Puis il y a eu la merveille, notre petit miracle. Et là aussi j'ai écrit. Puis pas tellement plus tard, sa maladie et enfin sa mort et là encore j'ai écrit, j’écris. Pour certain d'entre vous, de l'autre côté de la toile que je tisse de mes mots, vous avez lu tout cela depuis le début. Et peut être cela forme t-il pour vous une sorte d'histoire. Après tout, c'est ce que je fais, faire de tout cela une histoire.

Je ne sais pas pourquoi je le fais, autre que ça me fait du bien, c'est suffisant je suppose.

Passé les quarante ans, je me dis "quelle vie j'ai eu !". Je me dis aussi "quelle vie m'attend ?"

Vous savez, je ne regrette rien. Hier, ma belle fille et moi nous nous sommes redit cette réplique qui vient de "on ne badine pas avec l'amour " d'Alfred de Musset.

"... Mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompés en amour, souvent blessé et souvent malheureux, mais on aime. Et quand on est sur le bords de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelques fois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui."

Nous avions chacune nos raisons pour la dire. Moi, cette phrase je l'ai découverte à 14 ans et elle m'a guidée tout le long du chemin. Aujourd'hui, je me vois sur le bord de la tombe de François, avec toute cette douleur et ce chagrin de l'avoir perdu pour toujours, et émue je pense "mais j'ai aimé et lui aussi". Je continue sans lui maintenant. Et cette phrase continue de m'accompagner.

mercredi 23 octobre 2013

Confusions

Que d'émotions, que de confusions. j'éprouve des choses que je ne parviens pas à analyser. Mon cerveau lâche prise, le lâche me lâche. Bou ! j'ai peur ! ça je reconnais bien. Mais c'est bien, enfin il parait que c'est bien. Alors je dis "ok, c'est bien, on verra bien".

Je me suis retrouvée confrontée, dans le cadre du travail, à une situation étrange. Mon corps s'est mis en mode alerte. Je l'ai bien entendu. Vigilante, j'ai géré sans bien comprendre ce qu'était ce danger reniflé. Ah, une personne malsaine, un personne manipulatrice, la voilà, je la reconnais. C'est de là que vient le danger. J'ai la sensation, pas la certitude, pas la preuve, mais j'écoute mon instinct. Je m'en suis bien sortie. Oui, je m'en suis bien sortie. C'est derrière moi déjà, ça y est, c'est fini...

Mais la sensation physique persiste. Mais je suis colonisée par cette sensation de "beurk". Qu'a donc fait ou qu'était donc cette personne pour laisser cette trace en moi. Je voudrais me nettoyer l'âme de ce que j'ai perçu. D'habitude, j'analyse, c'est ainsi que je me nettoie. Mais je n'y arrive pas. ça reste flou, ça reste à l'état d'impression, de sensation, c'est vague et ça me donne le mal de mer.

C'est une anecdote dans le flot de ce que j'éprouve. En ce moment, j'éprouve sans parvenir à mettre des mots dessus. J'éprouve trop de choses ? Ou peut être des choses contradictoires ? J'éprouve, je fais le constat de ce qui se passe dans mon corps, j'éprouve des émotions et c'est mon corps qui s'exprime. Qu'il est vivant ce corps ! Je souris en me disant que je l'ai tant muselé qu'il n'est pas prêt de me rendre la parole. Il l'a prise et n'est pas prêt de la lâcher. Mais c'est bien, enfin il parait que c'est bien. Alors je dis "ok, c'est bien, on verra bien".

Bon, mais j'ai peur quand même, un peu. Je dois le reconnaitre. J'ai du mal à lui faire totalement confiance. Comme si il pouvait me raconter des histoires, me faire prendre des vessies pour des lanternes, m'indiquer des dangers imaginaires ou me jeter dans la gueule d'un loup. J'aimerai bien que mon cerveau et mon corps fassent équipe, se serait bien. Oui, je sais ça fait un peu schizophrénique cette façon de parler de mon corps et de mon cerveau. Oui, je sais que dans le monde réel ils ne sont qu'un, ils sont moi. Mais, je me suis construite ainsi, avec cette image de moi scindée. Le corps fragile, faible, trompeur et le cerveau qui se devait d'être le contraire, fallait bien compenser. Est ce que mon corps l'a jamais été, fragile ? Oui, l'enfant que j'étais avait un corps bien fragile face aux monstres qui l'entouraient et c'est bien mon cerveau seul qui pouvait me protéger. J'ai passé les quarante ans et mon corps crie "ferme ta gueule et laisse moi faire maintenant, je sais des choses que tu ignores et sans moi tu serais morte !" C'est la maladie et la mort de François, je crois, qui nous a appris ça, à tout mes "moi". Bien, alors disons que mon corps sait ce qu'il fait. Il a débranché le cerveau pour mieux le protéger et maintenant il est le maitre à bord, c'est à lui que je dois me fier. Il m'a rendu aveugle mais il a aiguisé mes autres sens. J'apprends à entendre, à sentir, à toucher, à gouter la vie. J'ai peur mais c'est normal et puis c'est bien, enfin il parait que c'est bien, alors je dis "ok, c'est bien, on verra bien."

mercredi 16 octobre 2013

Nuage

Il y a peu j'avais le chagrin pour décor. Une toile de fond devant laquelle se jouait le spectacle de ma vie. Étrange pantomime de la veuve qui pleure, qui souffre, qui crie. Aujourd’hui le chagrin est un nuage. Il change de forme. Tantôt brouillard qui jette un voile de larmes sur ma vie, tantôt noir et orageux de mes colères inexprimables, tantôt il s'effiloche sous le vent de la vie qui continue et parfois il est un petit nuage tout blanc accroché dans mon ciel. Présent mais qui n'empêche pas le soleil de briller.

Cette métaphore météorologique me rassure, je crois. Je la trouve assez juste. C'est mieux qu'un décor immuable en tout cas. ça raconte sa présence perpétuelle mais pas toujours envahissante. Et si je regarde mon chagrin comme ce petit nuage blanc, il a l'air inoffensif.

Cela fait deux fois, en peu de temps que je me réveille au milieu de la nuit et que je n'arrive pas à retrouver le sommeil. Je suis réveillée par une sensation physique d'angoisse. Elle n'est pas aussi violente qu'elle le fût parfois. Mais j'en identifie bien les symptômes. Cette nuit c'est un rêve qui m'a réveillée. Je ne me souviens pas de ce rêve là. Je crois que je faisais une sorte de jeu, il y avait une histoire de couleur et de tableau. Je me souviens d'un mot : " Echec", dit comme on dirait "Échec et Mat" et une sensation d'angoisse qui m'a réveillée. Étrange...

Suite de la nuit chaotique fait de veille et de demi sommeil. Levée avec la sensation d'être patraque, mal fichue. Je regarde mon corps et ces symptômes avec plus de recul maintenant. c'est désagréable mais la panique ne m'envahit plus. On dirait que mon hypocondrie se calme. Mon corps est toujours aussi bavard. Il semblerait, d'après ma toubib, que les symptômes sont là pour occuper l'espace. Ils jouent leur rôle d'écran et me protège peut être de la dépression. Pendant que j'ai mal au ventre, je sais de quoi je souffre. C'est plus facile de souffrir de maux de ventre que de la mort de celui qu'on aime, en résumé.

Ce n'est pas trop le moment pour moi de faire le vide, je lutte contre la vacance. Le vide est un gouffre qui s'emplit trop vite d'une émotion version ouragan. Parfois, lâché prise c'est juste accepter d'être là ou on en est, avoir confiance dans le fait que ça va se faire sans que j'y travaille, sans que je m'y cogne et que je m'y blesse. Juste laisser le temps travailler, la vie se faire. Je me tiens autant que je suis tenue par ces milles petits choses à faire, par ma fille, par mon travaille. S'arrêter pour dormir mais ne pas laisser trop de place au rien. Alors quand un temps s'ouvre sur un désert, je le comble de bêtise et d'inutilité, mon maximum étant atteint par le temps passé à jouer à des jeux sur l'ordinateur. Des jeux de concentrations, bêtes mais qui mobilisent et qui dissolvent le temps. Ah "Échec et Mat" disait mon rêve, j'ai beau jouer, mon inconscient n'est pas dupe, peut être.

Il y a ma parenthèse très attendue, mon rendez-vous hebdomadaire avec l'Aviron. Encore un temps ou je ne pense pas, je m'insère dans un rythme. Je vis, je rie et je partage. Personne là-bas ne sait que mon mari est mort, je n'y parle pas de moi. Je ne fais que plaisanter. Je suis une femme sympa, marrante et un tantinet autoritaire, rire, je suis moi quoi, sans ce prisme de la veuve. Une parenthèse, une éclaircie avec mon petit nuage blanc qui me suit.

jeudi 10 octobre 2013

Bien ici

Voilà un lieu que je déserte, je n'ai pas très envie de parler de lui, de nous et de tout ce chagrin. Disons que si rien n'est gagné, rien n'étant gagnable, je vais plutôt bien.

Je me surprend à me plaindre de ne pas avoir assez de temps à rien faire. Juste rêver un peu. Entre le boulot, les cours et les préparations, les activités périscolaire de ma fille, l'aviron, mes semaines sont remplies. Et tout cela me donnent surtout l'envie de dormir quand j'ai du temps libre, de ne pas penser en tout cas.

Je ne sais pas si je suis désorganisée, si j'ai juste perdue l'habitude ou si je suis encore bien fatiguée, mais j'ai l'impression de vite être débordée et n'en faisant pas tant que ça. Comme si chaque chose que je faisais me demandait beaucoup, un peu trop peut être. Je me découvre distraite. Je note beaucoup et je relis souvent mes notes, pour ne rien oublier mais j'oublie quand même. Ma mémoire d'éléphant est partie en vacances, cerveau saturé sans doute.

J'ai une tolérance encore très très limités pour les emmerdes, les petits comme les grands. Pour le coup, j'ai eu plus que ma dose, hein.

Je me sens en mouvement pourtant. Quelque chose se prépare. Oui, ça bouge dedans, sans que j'y prête trop attention.

Ce qui me rend heureuse aujourd'hui ? Emmener ma fille à la danse, à la clarinette, voir le plaisir qu'elle y prend. ça me rend fière et ça me touche beaucoup. Les ateliers d'écriture que j'anime aussi. Je découvre. C'est très beau ce qui s'y passe. Mais ça mériterait un billet a part et pour l'instant j'ai la flemme de raconter. Voir mes amies, parler avec elles, rire beaucoup de nous même, avec toute la tendresse que nous avons les unes pour les autres. Aller à l'aviron.

Ah, quel plaisir ces deux entrainements par semaine. Heureuse de retrouver la bande que nous formons, sympathique et pleine d'humour, heureuse de ramer ensemble, dans le même rythme, de sentir mon corps travailler et ma tête se vider. Profiter de la vue, un coucher de soleil sur le Cher. Ramer sur le Cher et tendre, ce jeu de mots me fait sourire.

J'aime la Touraine, et j'aime y vivre. J'aime que ce soit paisible. J'aime la lumière qui change si souvent dans une même journée et ces cieux en relief. J'aime passer le pont du milieu pour traverser la Loire. La vue est toujours belle et jamais tout à fait la même. J'aime n'avoir que dix minutes de voiture à faire pour me retrouver au milieu des vignes et m'y promener. J'aime pourtant me sentir en ville, entourée d'autres humains qui ont le temps de l'être. Je me sens bien ici, c'est chez moi.

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